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Appareils photos anciens: c'est ( presque ) donné... ( 2001 )

Appareils photos anciens: pour le moment c'est ( presque ) donné...

Il n'est pas certain que nos appareils de photographie les plus modernes et les plus performants, numériques ou électroniques, résistent aussi bien à l'usure du temps que les bons vieux appareils mécaniques qui enchantaient déjà nos grands parents. On peut toujours réparer aujourd'hui un vest-pocket des années 20. Mais  trouve t-on encore les pièces et les puces d'un appareil sophistiqué des années 80? C'est la question que se posent bon nombre d'amateurs et à laquelle répondent par la négative les passionnés d'antiquités photographiques. C'est encore, en France, un petit marché pourtant né voilà plusieurs décennies dans les années 50-60. Et pour lequel nous n'avons guère de recul. Une seule maison de ventes aux enchères pratiquement, située à Chartres le tient. Chaque année désormais Mes Jean-Pierre Lelièvre, Pascal Maiche et Alain Paris organisent deux à trois ventes renommées dans le monde entier et suivies de près par le cercle des aficionados internationaux. Sur le fichier des quelques 2000 clients de cette étude connue pour son implication dans la vente de jouets anciens, de poupées de collection, d'automobiles et de trains modèle réduit etc.,  le sous-fichier des collectionneurs d'appareils de photographie ou de cinéma anciens compte 500 noms abonnés aux catalogues. Beaucoup sont basés en Europe du Nord, en Belgique, en Allemagne, en Hollande,   aux Etats Unis et au Japon. Un client japonais se porte ainsi acquéreur à chacune des ventes d'appareils Leica anciens. Il passe ses ordres par fax et paie par carte bancaire. Personne à Chartres ne l'a jamais rencontré. Les Anglais pour leur part sont assez rares à enchérir en France. Il est vrai qu'ils ont sur place tout ce qu'il leur faut. C'est en  Angleterre,  chez Christie's,  que se pratiquent en réalité les plus grosses ventes mondiales du secteur.

Restreint mais actif, ce marché est aussi devenu très pointu, très polarisé. Voilà quelque années les collectionneurs savaient faire leur miel  d'appareils très disparates: chambres anciennes en bois blond, cannes appareils de photo, Minox, Leica , Nikon ou Canon des débuts pouvaient voisinner chez un amateur éclectique avec une chambre . Sa caverne d'Ali Baba ressemblait pour son plaisir à un cabinet de curiosité glissant d'un époque à l'autre, d'un pays producteur à un autre. De belles collections chronologiques se sont ainsi constituées. Un expert comme Jean Boucher, parmi les meilleurs, pouvait ( et peut encore ) maîtriser l'ensemble de l'histoire technique de la photographie de Daguerre au dernier Leica.  Mais lorsque la tendance est comme aujourd'hui à l'hyper-hyper technicité, à la haute spécialisation., on se demande qui sera capable de suivre pour être à la fois encyclopédique et  impeccable sur le dernier détail de fabrication ou la plus fine prouesse. Tel fanatique du Leica n'aura d'oeil que pour les Leica qu'il possède sur le bout des doigts, tel fou du Foca, du Semflex  ou du Voigtländer ne se détournera pas de son centre d'intérêt pour un autre objet . En revanche il connaît par coeur tous les modèles, toutes les variations, toutes les subtilités de la marque qui l'obsède.Tous les progrès accomplis aussi. Ce centrage extrême ne favorise guère, on le comprend, l'expansion du marché, ni l'appréciation des objets. Ce qui a son avantage également. Autant dire en effet que pour le moment il y a des tombereau d'affaires qui attendent ceux qui sauront être patients, très patients, pour revendre. Ou qui voudront être très agréables à leurs descendants et héritiers. Car on peut être certain qu'à long terme le placement sera vraiment gagnant.
                
                Pas de flambée des prix

Me Pascal Maiche, 41 ans, commissaire-priseur à Chartres, sur ce terrain depuis une dizaine d'années, n'a pas relevé pendant toute cette période de hausse extravagante des cotes. Pas de flambée de prix, pas de folies ou de sommets abracadabrantesques. Seul dans le domaine du pré-cinéma, la lanterne magique qui s'apparente au secteur des jouets peut atteindre de vrais prix magiques: ainsi une lanterne dite des Mille et Une nuits en forme de Mosquée, du XVIII ème siècle, s'est tout de même vendue 125 000 francs à Brienne l'an dernier.
Les appareils de photo anciens ne sont pas encore des objets très rares. Dans les familles, on les conservait de génération en génération. Devenus obsolètes ils étaient relégués dans les greniers d'où on les voit parfois redescendre.
Aussi lors des grandes ventes passent en rang serrés de grandes quantités de lots. 800 pour la dernière vente à Chartres le 26 mai. Dont 250 non catalogués foldings, appareils semi-modernes, caméras, projecteurs, accessoires et pièces détachées.
On en retrouve aussi sur internet où quelques collectionneurs se plaisent à faire connnaître leur trésor. Ainsi www.clicclac.fr; plegembre.free.fr ; christian.vergnies.free.fr ; ou http//as. halgand.free.fr et bien d'autres qui témoignent de la vivacité de l'intérêt que suscitent les appareil de photo anciens.
                Le catalogue 1900

Les amateurs de photographie ont toujours été nombreux dans le pays qui a donné naissance à cet art. Ainsi, en 1900, la puissante maison de vente par correspondance, la Manufacture d'armes et cycles de Saint-Étienne propose déjà à ses clients une gamme très large d'appareils de photographie. Appareils sur pied pour plaques 13X18 type " Sportsman "à 240 francs, type " colonial " à 152 francs ou matériel " professionnel " à plaques 18X24 à 310 francs. Appareils à main type " détective " à plaques 9X12 de  9, 75 francs pour le premier prix à 150 francs pour le modèle de précision. Appareils à plaques, " foldings" ( pliants à soufflet ) pour débutants ou amateurs, de 19,50 francs à 200 francs,  et " foldings" à plaque ou pellicules de 83 mm sur 105,  de 70 à 240 francs. Le Kodak brownie pliant pour pellicule 6X9 est à 33 francs, le Bull Eyes de Kodak à 50 francs, le Pocket-Kodak n° 1 à 60 francs.
On les retrouve parfois:Lors de la vente du 1à mars à la Galerie de Chartres par Mes Lelièvre, Maiche et Paris un Kodak Folding 8X10,5 s'est vendu 500 francs. Un Vest-pocket Kodak, laqué rouge, 800 francs. On trouve aussi à des niveaux alléchants de très belles pièces. Une chambre C.Mason and co Glasgow en acajou verni objectif laiton obturateur Thornton Pickart était achetée 2 600 francs. Une chambre d'atelier 24X24 Gilles frères avec optique en laiton et chassis réducteur 2 500 francs. Une dizaine de Foca de 500 à 1 800 francs. Des Semflex de 300 à 500 francs.Un Contax I premier modèle de Zeiss Ikon est parti pour 3 500 francs, un Tessina ( appareil miniature ) avec platine pour pied et cuve de développement a atteint 4 800 francs.
Régis Besse, un jeune homme de trente ans qui tient un magasin de photo centenaire, passage Verdeau dans le IX ème arrondissement à Paris, assure que les plus gros collectionneurs n'ont jamais pensé à gagner de l'argent avec leur passion. Lui aussi connaît bien le secteur puisque, outre les ventes qu'il pratique dans sa boutique, d'appareils de collection  ( il en montre plus de 400 ), il a été l'expert à la mi-mai d'une vente aux enchères à Drouot d'appareils semi-modernes de collection. Pour un résultat global de plus de 200 000 francs. Avec quelques beaux coups de marteau: un Leica III G à 13 500 francs; un Leica M2 laqué noir à 20 000 francs; un Rollei 4X4 gris à 4 000 francs par exemple. Régis Besse indique que de nombreux Japonais s'intéressent à ce domaine semi-moderne et qu'ils sont très friands des appareils conçus et fabriqués par de petites entreprises françaises. Ils s'arrachent les Foca, Alsaphot, Mécaflex, Jules Richard et raflent tout ce qui de cet acabit passe à leur portée de chèque. Régis Besse relève aussi que ce qui est très courant se vend très mal. Que les plus belles pièces, discrètement, échappent aux salles des ventes et se négocient de la main à la main...
Il ne faut néanmoins pas généraliser. Le mythique " Luxus " de Leica des années 1930-31 plaqué or, gaine de lézard vert produit à quelques dizaines d'exemplaires peut faire merveille. L'un d'eux a atteint voilà trois ans le prix d'adjudication de 136 000 francs.
A l'opposé, il est vrai, voilà 5 ans, un Leica provenant de la collection d'un photographe n'a obtenu que 1500 francs. S'il fonctionnait toujours parfaitement, il était tout de même apparemment fatigué. Il avait à lui seul assuré 1 million de clichés répertoriés et comptabilisés par son ancien propriétaire et utilisateur qui tirait sur les plages le portrait des vacanciers en villégiature...
Pour atteindre des pics, il faut franchir le Channel. Le record mondial a été obtenu le 16 janvier 2001 chez Christie's à Londres par un appareil prototype Phantom dessiné par le britannique MP Noel Pemberton Billing ( 1881-1948). Une somme: 146 750 Livres.
Lors de la vente organisée à South Kensington ( Londres ) par Christie's le 11 mai, un appareil de photo Kodak n° 8188 dans sa boite d'origine en bois et son mode d'emploi a été adjugé 9 400 Livres , près de 100 000 francs.


Encadré

Une invention française léguée au monde

La plus ancienne photographie connue et conservée à ce jour date de 1827. C'est le "Point de vue pris d'une fenêtre du Gras à St-Loup-de-Varennes " par Nicéphore Niepce ( 1765-1833), le père de la photographie, un Français. Sa première image, sur papier au chlorure d'argent fixé à l'acide nitrique remonte à 1816. Elle a disparu, de même que ses premières images positives " Vue d'une fenêtre" et " Table servie ". Retrouvée en 1952 par   un historien britannique d'origine allemande, la précieuse icone rescapée, une plaque d'étain   polie et rendue sensible à la lumière par une fine couche de bitume de Judée, enrichie de l'image captée près de Chalon-sur Saône a été cédée gratuitement par ce chercheur en 1964 à l'université américaine d'Austin au Texas. Elle est archivée dans un conteneur étanche et baigne dans l'hélium pour éviter toute dégradation. Sa valeur estimée est de quelque 120 millions de francs.
L'associé de Niepce et son successeur, Louis-Jacques Daguerre prolongeant les recherches découvrira un procédé plus rapide, à l'iodure d'argent, le daguérréotype.  L'invention de ce procédé est acquise en 1839 par l'état français contre une rente viagère à Daguerre et au fils de Niepce ( respectivement de 6 000 francs et 4 000 francs ). La France alors en fait don au monde en révélant via l'Académie des Sciences les formules secrètes. C'est de cette époque que datent les premiers appareils photographiques, des chambres en bois, puis à soufflet...





Publié par Le Figaro  ( 2001 )


02/10/2009
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