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Beaux-Arts: Quésaco ces calicots ???

Les calicots des Beaux-Arts : quésaco ???


Une nouvelle "affaire" remue le landerneau des arts... Je résume d'après "Libération" qui a mis la puce à l'oreille de toute la communauté des arts, des lettres et du spectacle. " Siu-lan Ko, une artiste chinoise, a été censurée pour une œuvre jugée trop provocatrice à l'encontre de Nicolas Sarkozy." Son " oeuvre" , des banderoles géantes, mises en place mercredi matin sur la façade de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, quai Malaquais, a été retirée d'autorité dans la journée. On pouvait y lire quatre mots: «travailler», «gagner», «plus», «moins». «Selon l'angle de vision, le slogan de Sarkozy peut être vu différemment», explique l'artiste, qui a conçu et réalisé son œuvre à Pékin.

Cette intervention "artistique" se plaçait dans le cadre d'un projet intitulé «Week-end de sept jours» – réunissant des étudiants du programme de recherche La Seine ; des étudiants du Royal College of Art de Londres, et de Lassalle College of the Arts de Singapour. Du coup, toute l'Anti-Sarkosie ( prompte à monter aux rideaux dans les blogs ( voir celui de Libé ) crie au scandale, à la censure, à la dictature... que sais-je... En ordonnant samedi ( "20 minutes.fr " ) le ré-accrochage de l'oeuvre, le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand,  a fait preuve d'un grand libéralisme.  Et a mis fin habilement à un tintamarre injustifié: Bertrand Delanoë, Maire de Paris, et Christophe Girard ( son adjoint la Culture ) - jamais en panne d'imagination sournoise- avaient déjà invité "l'artiste" à exposer au "104", l'ancien dépôt des Pompes funèbres transformé - à grands frais - en lieu d'art mais désert  de visiteurs. Elle n'aura pas perdu son temps,  Miss Siu-lan Ko... Elle devrait envoyer des gerbes de fleurs à ses "censeurs" qui lui ont fait acquérir ) à 100 à l'heure une sorte de "célébrité" parisienne. Mais pour la gloire, il faudra qu"elle travaille un peu plus. 


Je pose ( j'ose poser ) pourtant quelques questions: 1 ère question: Qui peut affirmer sans rire qu'un affichage de 4 mots à connotation politique est une oeuvre d'art ??? Qu'un jeu de mots éculé ( tous les chansonniers de Ruquier à Guillon via Carlier et autres histrions l'ont fait cent fois ) simplement repris et écrit en lettres d'affiche et installé aussi visiblement soit une oeuvre ? Ni les enfants de Marcel Duchamp dont les provocations étaient quand même plus subtiles et plus cinglantes. Ni les émules du Pape Benjamin Vautier ( Ben ) qui, lui, a de l'humour. 2 ème question: Qui peut assurer que cette jeune fille est une « artiste ». Elle est étudiante.. .en "art". A l'École Nationale des Beaux … Arts...ou dans une école du même acabit... ce qui, de nos jours ne signifie pas nécessairement grand chose. L'école a une "obligation de moyens, pas de résultats". 3 ème question; Qui a autorisé l'exposition à sortir des murs de l'école. L'exposition est prévue dans les murs, pas sur les façades.... 4 ème question; Qui est ce brillant "commissaire " d'exposition ? Un professeur ? Pas très exigeant… 5 ème question: Comment ce " commissaire " a t-il pu donner l'autorisation et les moyens d'accrocher es panneaux sur le Quai Malaquais ? 6 ème question: L'affichage de trois mots, trois seulement, en banderole d'acier à l'entrée d'un camp de la mort, celui d'Auschwitz, "Arbeit macht frei ", était-elle une action artistique ??? 

Pour être relevée, une provocation doit avoir du talent… Hélas, ce n'est pas le cas de cette malheureuse jeune femme... Lawrence Weiner a fait mieux, il y a déjà de longues années. Ben ( pardon à lui de le citer dans cette histoire piteuse ) a fait toujours mieux que ça, bien mieux même dans ses pires moments ( rares ) de basse inspiration... Moi, ce qui me gêne dans cette affaire, si affaire il y a, c'est la platitude de l'intervention.... Quant au texte... On en a vu d'autres... Ne vous inquiétez pas pour moi, je ne suis pas choqué par le propos, il est si faible...  Avec son "Merde à Dieu! " Rimbaud lançait, oui, une injure suprême et une vrai et sublime provocation... Il se mettait en danger. La petite artiste en herbe ne fait que reproduire sur un calicot une blague élimée et très conne. Ben oui si on bosse plus, en principe, on se fait plus de blé. Ben oui quand on est au chomdu on bosse moins et on se fait moins de pognon. Ben oui quand c'est dur de trouver un boulot bien payé il faut bosser plus qu'un fonctionnaire pour gagner moins qu'un fonctionnaire... On peut en rajouter dans le poujadisme de tous bords…. Ce sont des lapalissades, des vérités tellement évidentes... And so what ? Jouer sur les mots; ça fait peut être sourire mais, désolé, ça ne fait pas une oeuvre d'art… En outre, si ces banderoles avaient été tendues à l'intérieur de l'École des Beaux Arts, dans le cadre de l'exposition, et non pas sur le domaine public, dans l'espace public, elle n'auraient pas été décrochées. Personne ne les aurait remarquées....

Post Scriptum et post Lectum: Certains de mes  ( sympathiques ) lecteurs me reprochent de ne pas être assez ferme, dans ce texte,  contre la censure. Je tiens compte de leur avis et de leur lecture pour préciser s'il en était besoin, mon abjection résolue de la censure. Totale. Indiscutable. Absolue. Je ne peux pas dire plus...  Reste à savoir si dans l'"affaire" des calicots de Mlle Ko, il s'agissait bien de "censure"... ( censure de quoi ?  de quatre mots neutres que leur rapprochement aléatoire fait vibrer d'un message si plat  que nul ne peut avoir envie de le " censurer" ). Ou s'il ne s'agissait pas plutôt d'une remise en ordre logique d'une exposition dont la commissaire avait perdu la main et le commissariat. ( Laisser suinter hors les murs Une pièce, et une seule, et  pourquoi celle là ? )


13/02/2010
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