monoeilsurlart

Didier Chamizo : Visite d'atelier


Une exposition à grand fracas n'est pas toujours nécessaire pour constater qu'un artiste avance dans son travail. Et qu'il avance à grands pas, dans sa voie certes, avec son tempérament, sa dynamique, ses obsessions –disons ses  références- mais aussi avec  une vigueur qui retrouve toujours une nouvelle fraîcheur.  Didier Chamizo nous a toujours étonné en imaginant des personnages sortis à la fois de la réalité de notre légende quotidienne, de notre imaginaire « people », de nos feuilletons de la vie et de sa propre cuisine mentale et picturale.  


Mais surtout, et c'est là sa force et sa singularité d'artiste, il a su fabriquer avec ce matériau qu'il choisit et qu'il interprète des icônes qui demeureront dans l'histoire de l'art, dans la muséographie, dans les collections de privilégiés,  comme les témoignages irremplaçables de notre société bizarroïde de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle.

 

Le château de Versailles a eu la sereine idée d'installer, voilà quelques années dans ses murs, devant ses glaces miroirs et sous ses dorures séculaires, les personnages et les représentations peintes ou sculptées d'un Murakami ou d'un Jeff Koons. C'était à la fois extravagant et superbe. Moi, sans aller chercher au Japon ou aux Etats-Unis, les œuvres époustouflantes d'autres  maîtres de l'art international, chantés par les revues et encensés par le Marché de l'Art, j'y verrais bien, aussi, un jour, les créations de ce maître français qu'est Didier Chamizo. 


Car ce peintre – et sculpteur - est un portraitiste de haut vol qui dans une figure inscrit ce qui en fait une image mythique.  Lorsqu'aujourd'hui on évoque le roi Louis-Philippe, aussitôt surgit à l'esprit la célèbre portrait en forme de poire qu' Honoré Daumier en a décliné. Les caricatures de De Gaulle par Moisan dans « Le Canard enchaîné » ont marqué durablement les septennats du Général. Les figurines de Jacques Chirac, de Dominique Strauss-Kahn, de François Hollande pour les Guignols de l'info sur Canal +, etc… ont eu, ont encore des effets puissants sur la représentation de l'image de ces politiques dans l'esprit des publics, des citoyens. On assure même que le « Chirac à la pomme » ou le « Chirac aux couteaux plantés dans le dos » ont renversé l'image raide et impossible du candidat RPR  à la présidence de la République et même lui ont au total fait gagner l'élection…  Elles demeurent dans l'imaginaire collectif. Or il ne s'agissait pas pourtant  d'images conçues pour durer. Elles n'avaient, n'ont pour office que d'animer les sketchs de séquences télévisées. Lorsque l'image « caricaturale » s'enrichit par la qualité de sa composition, l'installation subtile de sa thématique, la justesse et l'esthétique des ingrédients… elle change de statut. Elle devient œuvre d'art. Il y a de l'universel dans la caricature lorsqu'elle est artistique

J'ai eu la chance, ces derniers jours, de voir quelques pièces du travail récent de ce travailleur infatigable. Didier Chamizo est toujours armé de son sens pointu du détail qui tue ou qui fait mouche. La perfection formelle  de ses réalisations est irréprochable. 


Son « Luis XIV » entouré de donzelles, ses « Demoiselles d'Avignon » inspirées librement par le Peintre des Peintres, son « Mickey –Wador », ou son « Karl »… Lagerfeld… sont irrésistibles d'humour, de punch, d'efficacité. 



Ces tableaux, ces sculptures portent inscrit sur leur surface leur part de critique sociale, de philosophie politique ou de philosophie tout court. Ce sont des œuvres d'art. Mais ça, on le savait !

 

Jacques Bouzerand







10/04/2014
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 16 autres membres