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Indispensables bibliothèques ( 2004 )

INDISPENSABLES BIBLIOTHEQUES

    
    Un livre, dix livres…ça va, mais cent livres, bonjour les tracas ! Seule solution : la bibliothèque qui permet de ranger, de classer, de retrouver les livres que l’on conserve. On en trouve aujourd’hui à tous les prix, de 1 500 euros à plusieurs centaines de milliers d’euros, de toutes formes et de toutes espèces, en bois ou en métal, d’époque ou de style, récentes ou anciennes,. Enfin pas de vraiment très anciennes.  Chez les antiquaires ou dans les salles de vente  les bibliothèques les plus fréquentes ont tout au plus deux à trois siècles d’existence. Au reste, on ne sait pas exactement quand fut conçue et construite la première, ni par quel ébéniste inventif.
    Emile Bayard, grand spécialiste des mobiliers,  des styles, des époques, auteur  au début du siècle dernier de multiples ouvrages qui font autorité, date l’invention du meuble bibliothèque à celle de l’imprimerie au XV ème siècle. Il y a là une certaine logique. Pour qu’il y ait bibliothèque, il faut qu’il y ait des livres…« Alors que l’imprimerie était inconnue, il fallait bien que des meubles fussent affectés à la resserre et au maniement des livres manuscrits plus ou moins rares et volumineux. » écrit-il dans son « Art de reconnaître les meubles » édité en 1924 chez Gründ. Ainsi naquirent pupitres, lutrins et scriptionaux. Les bibliothèques ne vinrent que plus tard.
    Une armoire de quatre pieds de haut « en forme de bibliothèque » est signalée dans l’inventaire qui fait suite à l’incendie des ateliers du célèbre ébéniste Boulle en 1720, raconte Jean Bedel dans son  dictionnaire des Antiquités (Larousse). A la fin du XVIIIème siècle on parle « d’armoire grillée servant de bibliothèque », de « bibliothèque en bas d’armoire », « d’armoire en forme de bibliothèque »
« Armoire basse, armoire haute, armoire de trois quarts, la bibliothèque  existe aussi en meuble à deux corps, la partie inférieure étant souvent à portes pleines et plus profonde pour faciliter la conservation des ouvrages de grand format. La partie haute est en retrait, équipée de panneaux évidés protégés de grillages ou de vitres. L'intérieur est divisé en étagères, parfois réglables dans le sens de la hauteur. » Cette définition fournie par La Gazette de l’Hôtel Drouot convient pour tous ces types de  mobiliers que les commissaires-priseurs offrent au fil des mois aux feux des enchères.

        Un panorama complexe

Il y a d’abord les monuments. Le 24 novembre Mac-Arthur Kohn présentait à Drouot-Montaigne un superbe ensemble en bois sculpté et peint, décoré de frises de feuilles d’acanthe, de trophées de musique, de guirlandes de feuilles sculptées, d’époque Louis XVI, en provenance d’un hôtel particulier de Provence. Figure imposée : la taille de ce mobilier. Une bibliothèque d’angle de 3,30 m pour un côté, de 2,70 m. pour l’autre et une bibliothèque droite de 3,70 m., le tout d’une hauteur de 2,75 m., ça ne se case pas n’importe où. Du coup la vente ne s’est pas (encore) faite…
Les bibliothèques de taille disons plus raisonnable offrent une grande diversité de conception et de valeur marchande. Epoque ou style, originalité, état…, tout compte.  L’Argus Valentine’s permet de s’y retrouver quelque peu dans ce panorama complexe. Une extraordinaire paire de bibliothèques en marqueterie Boulle (fin du règne de Louis XIV- 1710) attribuée à Noël Gérard, était offerte par Sotheby’s (Monaco) le 11 décembre 1999. Deux meubles en placage d’ébène, l’une avec écaille brune incrustée de laiton, l’autre avec fond de laiton incrusté d’écaille brune, et  motifs en nacre et  corne teintée rouge et vert. Vantaux ornés d’allégories de la France et de l’Espagne, d’une taille de 2,71 sur 1, 59 cm.  ces deux meubles ont été adjugés  739 759 euros. Un prix à la hauteur de la qualité et de la rareté.
Plus modeste, une bibliothèque en placage d’écaille rouge marquetée de cuivre dans le goût de Boulle, d’époque Louis XIV, haute de 2,11m., large de 1,26 m., trouvait preneur chez Tajan le 20 décembre 2000 à 33 772 euros. Chez Tajan aussi, une bibliothèque de style Louis XVI en placage d’acajou flammé à panneaux moulurés ; ornements de bronze doré ; était vendue 15 245 euros le 6 décembre 1999.
    De style Empire, une bibliothèque à ressaut central en acajou et placage d’acajou, ouvrant par quatre portes vitrées et deux vantaux encadrant une niche . Plinthe à gradin  Ornementation en bronze doré. 1, 91 m. de haut, 2,10 m. de large, était vendue 3 811 euros à Drouot-Richelieu par Me de Ricqlès le 23 mai 2001.Une bibliothèque en acajou portant la marque du Palais des Tuileries, d’époque Louis-Philippe, haute de 2,64 m. large de 1, 17 m. était vendue par Sotheby’s à Londres le 14 juin 2000 pour 15 256 euros. En palissandre et placage de palissandre marqueté en amarante de filets et de rinceaux feuillagés, une bibliothèque d’époque Charles X, haute de 2, 72 m. , large de 1,37 m. était adjugée 6 417 euros à Drouot-Richelieu par Me Ricqles, le 11 juin 2001.De style Napoléon III une bibliothèque en bois laqué noir, placage d’écaille rouge et marqueterie de cuivre ; ornements de bronze doré ; était adjugée 1 677 euros par Tajan, le 27 septembre 2000.
Passons à l’époque moderne. L’Art Nouveau n’est pas demeuré en reste d’inventivité. Louis Majorelle (1859-1926) a créé plusieurs modèles. L’un d’eux, « Les Pins », en acajou mouluré et sculpté, placage de palissandre et de frêne ; 2,15 m. sur 1, 90 m. de large, s’est vendu 28 706 euros chez Tajan, à Drouot, le 1er juin 2001. L’Art Déco a imaginé aussi de très belles bibliothèques. Le 4 mars Tajan présente à l’Espace Tajan une bibliothèque en ronce de noyer d’Amérique et bronze doré, d’Emile-Jacques Ruhlmann (1879-1933). Haut de 1,78 m. ; large de 1,36 m. Estimation de ce mobilier: de 80 à 100 000 euros.
Côté design, pour parler du mobilier conçu depuis les années 1920  et édité à « n » exemplaires on citera inévitablement les bibliothèques géométriques de Charlotte Perriand dont la cote ( au dessus de la centaine de milliers d’euros parfois…) ne cesse actuellement de grimper. Voici, autre  exemple, le modèle « Carlton » d’Ettore Sottsass. Cette bibliothèque à cinq niveaux de rangement, en plastique laminé et bois avec deux tiroirs, édition Memphis dessinée en 1981 a été adjugée 4 100 euros le 2 février 2004  à Drouot-Richelieu par  Bertrand Cornette de Saint-Cyr.

De Florence à Saint-Petersbourg

    Chacun peut à loisir imaginer les bibliothèques, classiques ou extravagantes, dont il pourrait faire usage. Mais une visite chez un antiquaire s’impose pour découvrir des meubles auxquels on ne songe pas d’emblée et dont la qualité est le dénominateur commun. Profitons en pour aller fouiner dans les réserves d’Ariane Dandois dont la galerie (qui fut celle de Katia Granoff), Place Beauvau, fait face à l’Elysée et à la Présidence de la République… Dans ce havre de luxe et de raffinement les meubles sont rois. En  provenance de pays étrangers ou de villes au charme indélébile, Florence ou Saint-Petersbourg, ces quelques bibliothèques ont un agréable parfum d’exotisme.
    Voici une bibliothèque en acajou et laiton doré. Construite au début du XIX ème siècle, elle vient de Russie. Haute de 2 m., sa vitrine est ornée de rondins, de cannelures et de moulures en laiton doré. Elle s’ouvre par deux portes vitrées et repose sur des pieds en gaine se terminant par des sabots en laiton. Le fronton à gradins est orné d’un décor cannelé surmontant un motif de losange repris à la base. Très proche des mobilier des palais de l’ancien Russie elle vaut 120 000 euros.
    Très britannique, d’époque Regency, vers 1810, voici une bibliothèque en bois peint à l’imitation du palissandre incrusté de filets d’ébène. Haute de 2,54 m., large de1,94 m., elle est construite en deux parties. Son fronton est triangulaire, flanqué d’écoinçons aux angles et orné de rosettes en laiton doré.  La partie haute s’ouvre par quatre portes grillagées. Les étagères sont bordées de moulures en laiton doré. La base s’ouvre par quatre vantaux pleins.Le prix : 66 000 euros.
    Deux bibliothèques, formant paire, arrivent de Florence où elles ont été conçues au milieu du XIX ème siècle. Reposant sur des pieds en demi-lune, elles sont en poirier noirci et incrustées de rinceaux  feuillagés encadrés par un double filet en ivoire. Hauteur : 2,28 m ;, largeur : 1,31 m. La corniche moulurée est en surplomb sur des portes vitrées ouvrant sur les étagères. La base dissimule un vaste tiroir. La paire vaut 170 000 euros.
    De Sicile, une bibliothèque à vitrine néogothique du début du XIX ème siècle présente une corniche et des angles à pans coupés ornés de colonnes corinthiennes. Elle s’ouvre par deux portes composés de quatre panneaux en verre, retenus par des colonnes à chapiteaux et bases dorés, surmontés d’arcatures ajourées de trèfles. Pieds en balustre. Hauteur : 2,15 m., largeur : 1, 54M. Valeur : 42 000 euros.
    Vous n’avez pas la place ? Peu importe. Une petite bibliothèque d’angle fera l’affaire. En voici une, anglaise du XIX ème siècle. De forme triangulaire, elle est recouverte d’un cuir brun frappé à l’or de rinceaux feuillagés et fleuris. Les étagères encadrent une porte médiane décorée par un médaillon renfermant une gravure aquarellée représentant une femme et un enfant dans un paysage. Le plateau est en miroir. Prix : 20 000 euros.


ENCADRE

Des bibliothèques sur mesure

Les appartements contemporains n’accueillent pas toujours facilement les bibliothèques construites pour les pièces vastes et à hauts plafonds qui logeaient l’aristocratie et la bourgeoisie des siècles passés. Dans nos immeubles contemporains, où les moindres mètres carrés sont comptés, comme dans les habitations anciennes où toute surface est mise à profit, plutôt que d’insérer un meuble, il est plus facile souvent d’installer ses rangements de livres en utilisant pour appui les cloisons, les cheminées, les recoins.
Dans cet esprit, Marie-Pierre Dubois-Petroff, architecte DPLG, vient de publier, aux éditions Massin, dans la collection « Esprit Déco » un livre très illustré intitulé « Bibliothèques ». Une centaine d’exemples, photographiés dans des appartements, montrent comment des agencements astucieux ont pu tenir compte de toutes sortes de situations. Bibliothèques en duo avec un escalier, autour d’une cheminée, encastrées dans les murs, en cloisons séparatives…, de composition graphique, verticales, horizontales, montées de bas en haut, en version basse…,  en bois, en contreplaqué, en latté, en maçonnerie, en métal…toutes les formules sont présentées, analysées, commentées y compris les questions d’éclairage et de fléchissement.     Sur ce dernier point, parole d’architecte, il faut se rappeler qu’une étagère fléchit en fonction du poids qu’elle supporte et du matériau qui la compose. « Pour une épaisseur de 22 mm., une étagère longue de 100 cm.supporte avant de fléchir : 55kg pour du contreplaqué, 45 kg pour du latté… » C’est bon à savoir car les livres, dès qu’ils sont nombreux, sont toujours très lourds. Il vaut mieux prévoir.
    
Publié par Le Figaro ( 2004)


02/10/2009
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