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L' aventure des Atlas géographiques anciens ( 2004 )

L' aventure des Atlas géographiques anciens ( 2004 )

De plus en plus régulièrement les atlas anciens  font les beaux jours des ventes spécialisées. L'un d'eux, en décembre, a atteint près de 400 000 euros à Paris. Et à Londres, une vente d'atlas a totalisé récemment 9 millions d'euros… Mais beaucoup,  demeurent encore très accessibles. A partir de 800 euros…
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François Mitterrand nourrissait une véritable passion pour les atlas. L'ancien président de la République avouait d'ailleurs en posséder une grande quantité. « Je passe avec ces atlas des heures de délices, » assurait-il lors d'une interview réalisée au cours des années 80 dans son bureau présidentiel et diffusée en janvier dernier sur La Chaîne Parlementaire.  « Dans les atlas, ajoutait-il, on découvre le visage de la Terre, on perçoit toutes sortes de significations politiques. C'est une excellente représentation de l'Espace et du Temps. »
Beaucoup, comme François Mitterrand, sont séduits par cette puissance que confère un atlas. On tient le Monde dans ses mains  et l'on peut, par la pensée, se déplacer de pays en pays, voyager de continent en continent et reconstituer toute l' Histoire. Voilà une quarantaine d'années, l'ex-roi d'Italie, Umberto II, collectionneur, venait se fournir en atlas chez un libraire spécialisé de la rue Le Pelletier, Louis, le père de Béatrice Loeb-Larocque.        
Plus ancien, plus cher

Mais il n'est pas nécessaire d'être chef d'état ou millionnaire pour accéder au fabuleux royaume des Atlas chez les libraires spécialisés dans les livre anciens, sur les Quais à Paris ou au Marché Georges Brassens. On peut y trouver de très beaux atlas du XIX ème siècle et en excellent état pour 800 à 1000 euros. Ainsi le Le Vasseur, avec les départements français, les cartes du monde et des colonies  ou les atlas de Brué ou de Lesage. Accessibles aussi, à 2 ou 3000 euros de bons atlas du XVIII ème mis en couleurs à l'époque et pour 5 à 10 000 euros des atlas du XVII ème. Plus ils sont anciens plus les atlas sont chers.
Sur les milliers d'atlas édités depuis l'origine, beaucoup ont d'ailleurs été désossés pour se déployer en centaines de cartes géographiques séparées .Voilà vingt ou trente ans il était plus facile, sur les quais ou chez les brocanteurs,  de vendre cent cartes dépareillées qu'un atlas complet… Aussi bien est-il encore facile et parfois bien agréable de se procurer de ces cartes au Salon des Vieux Papiers de la porte Champerret par exemple pour quelque 100, 150, 200 euros. Les plus recherchées se négocient entre 250 et 1 000 euros. Les cartes d'Asie, d'Amérique ou d'Afrique sont les plus convoitées.
    Revenons au très haut de gamme. « Le marché des atlas anciens est par nature international,  explique Béatrice Loeb-Larocque, expert établie rue de Tolbiac à Paris. Parmi les collectionneurs les plus actifs figurent des Américains, des Russes, des Britanniques, des Brésiliens et de nouveaux intervenants des pays de l'Est. La France ne compte encore que quelques dizaines de passionnés, mais on sent une certaine montée en puissance de ce goût. Arrivent en piste aujourd'hui des gens assez jeunes, d'une quarantaine d'années, des industriels, des médecins, des informaticiens, des architectes… » Cet intérêt pour la cartographie, dont témoigne la lecture assidue de La Gazette de l'Hôtel Drouot,  donne lieu à des foires spécialisées qui se tiennent tout au long de  l'année à travers le monde, à Londres, Miami, Denver, Breda ou Paris. Ainsi avec des marchands internationaux, la 5e édition française de ce Salon de la Carte Géographique Ancienne (Paris Map-Fair) se tiendra le 11 novembre 2006 à l'Hôtel Ambassador, en plein Paris.

    Le  4 novembre 2005 à Drouot-Richelieu, chez Renaud-Giquello et associés, expert : Béatrice Loeb-Larocque, étaient présentés plusieurs pièces majeures. Le Theatrum Orbis terrarum d'Ortelius, paru à Anvers en 1579 (première édition), adjugé 31 500 euros. Un Theatrum Italiae, de 65 cartes (Mercator, Hondius, Magini…) paru à Amsterdam en 1635 est parti pour 22 000 euros. Un atlas portatif de Robert de Vaugondy et Delamarche, de 1795 à Paris ( 54 cartes) était vendu 1 000  euros.
    Jean-Baptiste de Proyart, l'expert de la magnifique vente Pierre Bérès, chez Pierre Bergé et associés, le 16 décembre 2005 à Drouot-Richelieu,  estime que le marché des atlas connaît une croissance assez stable. « Mais de temps en temps, disons tous les 30 ans,  une vente superbe a lieu comme celle de Lord Wardington chez Sotheby's à Londres le 18 octobre 2005. » La collection de ce Lord (vendue en deux fois) a atteint en effet pour sa seule première partie plus de 9 millions d'euros. La seconde vente des atlas aura lieu le 10 octobre 2006. Quant à la vente du fonds de librairie de Pierre Berès, elle comptait quelques atlas parmi d'autres livres-joyaux. L'atlas d'Ortelius, « Theatrum orbis terrarum » de 1573, dédicacé par l'auteur à Charles Quint, à 397 709 euros, frais compris, a presque quadruplé  son estimation basse. A noter qu'il avait été vendu 4 200 Livres sterling à la venteAbbey chez Sotheby's à Londres en 1968… Une Géographie universelle de Ptolémée de 1542 a obtenu 52 073 euros (frais compris) ; une autre, portative, de Ptolémée aussi, a atteint 19 370 euros et le premier atlas mondial français de Sanson d'Abbeville, était adjugé 24 826 euros.

Et l'avenir reste ouvert. Dans le cadre de la vente de Livres anciens et modernes organisée le mercredi 8 mars à Drouot-Richelieu, PIASA, assisté d' Emmanuel Lhermitte, expert, présentera l'édition latine du premier Atlas de vues de Villes. Ce « Civitates orbis terrarum »   (appelé aussi Le Théâtre des cités du monde)   composé  par Georg Braun  (textes) et Franz Hogenberg et Simon Novellanus (gravures) a été édité à Cologne par Petrus Von Brachel, de 1572 à 1618. Ce livre est estimé de 120.000 à 150.000 euros. Les planches sont de grandes vues à vol d'oiseau ou des plans des principales villes du monde.   En 2001, un exemplaire incomplet était adjugé 172 267 euros chez Mes Calmels-Chambre-Cohen à Paris.


ENCADRE


Fabuleuses collections

Un des plus remarquables fous d'atlas est l'Américain David Rumsey, né à New-York voilà plus de soixante ans. Fortune faite dans l'immobilier, ce diplômé de Yale se lance au début des années 80 dans la conquête effrénée à travers le monde de cartes de géographies et d'atlas des XVIII et XIX ème siècles, d'Amérique du Nord et du Sud. A l'époque, ces antiquités sont peu chères et Rumsey peut en acquérir parfois quarante le même jour. Ses ambitions englobent vite  le monde entier des débuts de la cartographie à aujourd'hui. Résultat : une des plus riches collections privées « in the world » de quelque 150 000 cartes et atlas sous toutes les formes. Pour rendre sa collection visible aux amateurs sans être obligé de leur ouvrir à toute heure ses portes, le millionnaire a créé un site sur internet : davidrumsey.com,  où plus de 12600 cartes et atlas depuis le XVII ème siècle sont mis à   disposition gratuite . En comparaison, à la Librairie du Congrès à Washington la division des cartes renferme plus de 4,5 millions de documents ; la Bibliothèque Nationale Széchényi de Hongrie contient 3000 cartes manuscrites et 4600 atlas établis entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Quant à la collection française des cartes de la Société Française de Géographie rassemblée à la Bibliothèque Nationale elle comporte plus de 20 000 cartes anciennes et parfois très rares.

Publié par Le Figaro   ( 2004 )


02/10/2009
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