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Langue française: les vains combats de M. Joyandet

Langue française: les vains combats de M. Joyandet  



Je lis qu'au secrétariat d'Etat à la Francophonie, l'éminent Secrétaire d'État Alain Joyandet ( sans doute revenu en "jet" privé d'une mission urgente ) a décerné le 30 mars des prix à cinq valeureux combattants chargés de la mission sacrée de bouter l'anglicisme hors de France. Jouant petit bras le secrétariat d'État avait décidé de ne s'attaquer dans un premier temps qu'à cinq de ces mots honnis par nos gouvernants ( mais qui n'affolent nullement les linguistes gardiens d'une langue française qui en a vu d'autres . ) Ces cinq anglicismes couramment utilisés étaient: buzz, chat, tuning, newsletter et talk. Le concours ayant été lancé et les réponses rassemblées un jury a été désigné pour trancher.


Figuraient dans ce jury considérable Mme Henriette Martinez, députée des Hautes-Alpes, Présidente déléguée de la section française de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie; M. Louis Duvernois, Sénateur des Français de l'étranger, Président de l'ADIFLOR ( Association pour la Diffusion Internationale Francophone de Livres, Ouvrages et Revues ) ;le compositeur et chanteur MC Solaar; Mme Marie-Christine Saragosse, directrice générale de TV5 Monde ( la télévision francophone diffusée partout dans le monde et le 2ème réseau mondial de télévision ( après MTV et devant pour talk...CNN ); la chanteuse Sapho.  

Et voici le résultat. Ont été retenus les termes suivants: «bolidage» ( pour tuning ) ; «é-blabla» ou "tchatche" ( pour chat ); " ramdam" - tout cru débarqué de l'arabe- ( pour buzz ), "infolettre" ( pour newsletter ), "débat" ( pour talk ).... Remercions d'abord le jury de nous avoir épargné: "autodéco », « automotif », « autostyle », « persauto », « persoptimisation » ou « revoiturage » pour tuning; "claverbiage », « convel" - abréviation de conversation électronique -« cybercommérage », « papotage », « toilogue ». pour chat; "actuphène", "bruip", "cancan", "écho", "échoweb", "foin", "ibang", "potins" ou "réseaunance » pour buzz; " niouzlettre », « plinfo »,« inforiel », « jourriel » ou « journiel » pour newsletter et "causerie", "parlage", "parlotte", "discut'", "échapar", "débadidé", "débatel", "débafusion" pout talk.... Ouf, nous l'avons tout de même échappé belle!!!  
Ministres et jurés devraient parfois s'informer auprès de spécialistes de la langue. Il y en a dans toutes les universités françaises ( et même dans les Universities anglo-saxonnes. Oui, oui. ). Ces spécialistes, on les nomme linguistes, leur expliqueraient -parce qu'ils ont étudié la question- qu'une langue ne se forme pas par décret ou par ratiocination ( voir le désastre de l'espéranto ou du volapük ), mais par le génie propre à chaque peuple et sa capacité de travailler un matériau qui lui est donné par la tradition, la mémoire, la langue de ses parents et de son groupe ou bien son art d'absorber, de digérer, d'assimiler des mots venus d'ailleurs et fabriqués par d'autres création du génie linguistique. Tout peuple fait ainsi. C'est à dire que le français s'exporte aussi et fait de belles conquêtes et de beaux bébés ici ou là dans le monde entier. ( Je ne parle pas de la langue française elle même, c'est une toute autre question, mais de la germination dans d'autres langues de mots venus du français ). C'est d'abord et avant tout une question d'influence culturelle, économique, politique... Autant dire que pour la vitalité de la langue française Areva, LVMH, Bouygue, L'Oréal... font bien plus que M. Joyandet et ses initiatives.  

Un jour viendra, sans doute proche, ou nous adapterons à notre manière des mots venus du chinois comme nous l'avons fait ( et continuons de le faire ) des mots venus de l'arabe ( mais souvent d'ailleurs avant Charles Martel ) , du persan ou du turc comme couffin, jupe et jaquette, alcôve, matelas, divan, sofa, coton, magasin, sirop, sorbet, artichaut, carafe, matraque, assassin, fardeau, récif, nacre, ambre et talc, goudron, benzène, benjoin, gazelle, genette, gerboise, girafe, fennec, civette, luth, guitare (lui-même venu du grec), amiral.... Bien avant les invasions arabes nous avions eu celle des Francs des Germains qui... nous ont donné... le nom de notre pays et pas mal de vocabulaire bien de chez nous aujourd'hui comme: des noms de couleur ( bleu, blanc, gris, brun, blond, fauve... ), des noms de produits de la terre ( aulne, hêtre, haie, blé, gazon, framboise, groseille... ), des noms d'animaux ( martre, renard, chouette, mésange, écrevisse, hareng... ). Parmi ces mots d'origine germanique ancienne, on trouve en outre à la fois des termes belliqueux, comme guerre ou flèche ou des verbes comme blesser et haïr, et des mots pacifiques comme trêve, aubaine ou les verbes épargner et guérir.... assure Henriette Walter.  

Alors les anglicismes comme des ennemis héréditaires ! vraiment faut pas charrier.... Si l'on continuait ce combat stupide et vain, bientôt on nous interdirait de manger un bifteck ou un sandwich arrosé de ketchup vêtu d'une redingote et d'un blue-jean en nous promenant, le week-end, accompagné d'une nurse en pull-over aux cheveux auburn sur un boulingrin près d'un terrain de football ? Faudrait-il que je sorte mon revolver ? Que je vole un scooter ? Ou que je prenne un charter avec mon cocker pour fuir au far-west ? Mais ce seraient des méthodes de gangster !!!  

JB  

Merci à la grande linguiste Henriette Walter, « L'intégration des mots venus d'ailleurs », Alsic, Vol. 8, n° 1 | 2005, [En ligne], mis en ligne le 15 novembre 2005. URL : http://alsic.revues.org/index324.html. J'ai emprunté à son étude la plupart des exemples que j'ai cités


31/03/2010
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