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Le luminaire à la lumière du marché ( 2003 )

LES LUMINAIRES DANS LA LUMIERE DU MARCHE


De la lampe à huile d'Aladin aux appliques à halogènes les plus contemporaines, dès la nuit tombée, dans tous les intérieurs, modestes ou splendides, des appareils plus ou moins simples ont toujours répondu à l'interjection : Fiat Lux ! Que la lumière soit ! Pleins feux donc sur les luminaires. Pas simplement pour le jeu, mais pour cette constatation : sous des formes et des appellations diverses ils constituent un des achats les plus fréquents chez les antiquaires, les brocanteurs ou dans les salles de ventes. On n'a chez soi qu'une table de salle à manger, mais combien de lampes de bureau, de lampes de chevets, de lustres, de lampadaires ? C'est à n'en pas douter un marché très fourni, parce que très bien achalandé, mais particulièrement divers et diffus. Les objets fourmillent. Les prix vont du plus raisonnable au plus fou. Comment s'y retrouver dans les genres, les styles, les époques, les périodes, les matériaux, les valeurs ?  
Pour l'amateur de luminaires, (qui ne l'est pas ?), feuilleter La Gazette de l'Hôtel Drouot est un plaisir et un devoir. Car il peut ainsi dénicher au fil des ventes de Paris, de banlieue ou des régions, les modèles qu'il recherche. Et ils sont légion. Cette paire de flambeaux en argent faite à Augsbourg en 1740 par J.J. Busch présentée à Pamiers (Ariège) par Me Frédéric Farbos. Ou bien cette paire de chandeliers et bougeoirs de Meissen (XIXème) qui seront inclus dans la vente de faïences et porcelaines françaises et étrangères que Millon et Associés organisent pour le mois de mai à Drouot-Richelieu.

            D'époque ou de style

Autre source lumineuse d'informations, l'Argus de ventes Valentine's, dans ses volumes sur le mobilier, les antiquités (le dernier vient tout juste de sortir) ou le XX ème siècle, répertorie les plus belles ventes des plus beaux objets en France et à l'étranger. Il classe très utilement toutes les sortes de luminaires qui ont embelli les demeures, en indiquant la date de leur mise aux enchères et les résultats. De l'ancien au contemporain, Antoine Valentin, le rédacteur des guides, précise qu'en matière de luminaire ancien il convient de faire la distinction entre ceux d'époque et ceux de style, même si les résultats finaux ne sont curieusement pas très différents d'une catégorie à l'autre.
Un lustre à bougies, du début du XVIème siècle, en bronze, figurant un Christ bénissant, s'est vendu 76 048 euros chez Tajan en 1999. Un autre en bronze richement ciselé , avec traces d'argentures, lui aussi du début du XVI ème a obtenu, chez Tajan également, 48 969 euros.  Un lustre en bois époque Louis XIV est monté à 11 396 euros chez Sotheby's Monaco en 1999. Pour l'époque Louis XV, une suite de quatre lustres en verre soufflé de Venise du XVIII ème siècle a atteint 219 695 euros chez Tajan en 1999. La même année, ce commissaire-priseur obtenait  67 543 euros d'un lustre en forme de corbeille à 25 branches en bois doré d'époque Louis XVI. Lors de la vente du18 décembre 2002 à Drouot, un lustre à corbeille en fer forgé XVIII-XIX ème siècle, à douze bras de lumière, ornementé de pendeloques  et plaquettes en cristal de roche taillé était adjugé 69 000 euros.
Les appliques se déclinent elles aussi. Remarquons cette paire d'appliques  (à chandelles) en bronze finement ciselé d'époque Louis XVI vendue 61 683 euros par PIASA en 1999, ou cette paire d'appliques attribuée à Robert-Joseph Auguste, vers 1775, vendue 57 412 euros par Me Kohn à Drouot en 2000.
Les époques qui ont précédé l'usage domestique de l'électricité ont démultiplié les formes des supports pour les chandelles  et les bougies. Sous toutes leurs dénominations, les chandeliers  pouvaient avoir une vocation religieuse ou profane. Quelques exemples :  un pique-cierge gothique, utilisé dans les églises, en laiton coulé et tourné du XV ème siècle était vendu 13 509 euros par Tajan en 2001; un autre, d'usage civil, en laiton du XV ème siècle,  partait à 2 366 euros, chez Tajan aussi, en 1999; une suite de six pique-cierges  en bronze, fûts et balustres à pans coupés, bobèches en corne de couronne, piétements  à volutes était adjugée 6 079 euros par PIASA en 2000 à Drouot. Un chandelier d'autel en bronze doré d'époque Louis XIV ,  base tripode à griffes et têtes d'angelots (Tajan -2001- 2702 euros); un pique-cierge en bois sculpté et doré du XVIII ème siècle (Aguttes-Neuilly-2000-1 773euros  ) ; des flambeaux en bronze ciselé et doré d'époque Louis XIV (de Ricqles-2000-20 263 euros) des flambeaux en bronze ciselé et doré en forme de femme drapée à l'antique, les bras croisés, le pied ( de la lampe ) en forme de palmier, de Pierre-Philippe Thomire, reçu maître fondeur en 1772, adjugée 16 886 euros par Mes Poulain-Le Fur en 2000 ; ou bien ces deux candélabres , hauts de 101 cm., en bronze ciselé et doré et bronze patiné à sujet de Renommées ailées soutenant un bouquet à six lumières adjugés 39 682 euros par PIASA en 2000. Sous le marteau de Beaussant-Lefevre à Drouot, une paire de candélabres à neuf lumières, base triangulaire ornée de trois singes, époque Napoléon III, était adjugée 19 000 euros le 18 décembre 2002.
Le bougeoir, plus mobile comme son nom l'indique, est utile à la maison. Il a pullulé. En voici un en bronze doré d'époque Charles X vendu 506 euros en 2000 par Me Briest.  Mais on peut en trouver aussi à 50 000 ou 80 000 euros. Tout dépend du matériau, du fondeur, des poinçons. Un bougeoir en argent coûte rarement moins de 2 000 à 2 500 euros. Plus souvent près de 10 000 à 15 000 euros. Et plus en tout cas qu'un bougeoir en bronze doré ou en cuivre…
Equipés d'abat-jour, le bougeoir ou le chandelier deviennent lampes. Ainsi une lampe de bouillotte en bronze ciselé et doré à trois bras à base ronde à motif de vannerie ajourée haute de 70 cm est adjugée 2 871 euros par Couturier-de Nicolaÿ en 2000 à, Drouot; une autre en bronze à patine noire et dorée à abat-jour en tôle peinte à décor de palmettes et frise sur fond vert du XIX ème siècle est vendue  5 572 euros par de Ricqles en 2000 à Drouot.

 
L'huile végétale (noix, colza…) ou animale, qui constituait jadis un combustible éclairant plus rustique et moins coûteux que les bougies, a toujours été utilisée. Toutes sortes de perfectionnements ont été apportés par des techniciens ingénieux pour passer, étape après étape, de la petite lampe de terre cuite des Egyptiens et des Romains ou du Calel du Quercy d'antan, aux lampes à pétrole du XIX ème siècle. Jean Bedel, auteur du Dictionnaire des Antiquités (Larousse), raconte comment le pharmacien Quinquet (d'où le nom) adapta la lampe inventée par Argand en ajustant une mèche cylindrique entre deux tubes concentriques. " La flamme est avivée par l'action d'un courant d'air extérieur et intérieur. " D'autres types de lampes suivent: lampe couronne, lampe astrale, lampe hydrostatique. .. Au début du XIX ème siècle, Carcel imagine un mécanisme d'horlogerie pour faire monter l'huile contenue dans le réservoir. Franchot, Hadrot et Neuburger créent la lampe à modérateur avec crémaillère, ressort et clé que l'on tourne de l'extérieur. Toutes ces innovations techniques  et les modèles qui en découlent, hyper rares on s'en doute, sont recherchés par les collectionneurs les plus pointus. Il en va de même pour les lampes à pétrole, les lampes à carbure, à acétylène, à alcool... dans leurs versions les plus raffinées ou les plus inventives.
    
La lampe à incandescence

Et puis vint Thomas Edison qui en 1878 inventa la lampe électrique à incandescence.  Et donna naissance à ce qui fut sans doute la première déclinaison du luminaire décoratif, celle de la société américaine Tiffany Glass and decorating company. Un modèle de Tiffany studio, lampe en verre et en bronze haute de 69,8 cm, à large chapeau en vitrail coloré (répertorié Tiffany 442) était vendu par Sotheby's New-York 90 500 dollars en 1998. Une autre, (modèle 11414), 34 500 dollars par Sotheby's New-York en 1998.
Nous voici donc parvenus au XX ème siècle,  celui de l'électricité reine. Et d'une véritable prolifération de luminaires en tout genre. Notre parcours ne peut être que sautillant. D'art nouveau, en art déco et contemporain
Un lustre de Gallé, (1846-1904) en verre camée et bronze doré, vers 1900, était vendu  46 000 dollars en 1998 à New-York, chez Sotheby's. Un plafonnier de Lalique, Soleil, en verre moulé-pressé  opalescent, monture en métal chromé, était adjugé  20 018 euros par l'étude Tajan en 2000. Un lustre d'Edgar Brandt, en acier patiné à huit bras de lumière en forme de feuilles, réunis par des arcs de cercles à motifs d'entrelacs, était vendu 10 000 euros à Neuilly par Me Aguttes. Lors de la même vente, le17 décembre 2002 un lustre de Daum à armature en fer forgé patiné doré à quatre bras de lumière, vasque centrale, était adjugé 1500 euros.
    Une lampe de bureau en métal nickelé à bras articulé sur cercle fixe à position variable, abat jour demi-cylindrique,  de Jean Boris-Lacroix, était vendue 4 500 euros par PIASAle 11 décembre 2002 à Drouot. Une lampe de bureau en métal chromé à calotte hémisphérique  de Desny atteignait 3 500 euros.
Pour les luminaires "design", plus récents encore, la valeur n'a pas attendu le nombre des années. Un lampadaire "cerf-volant"de Pierre Guariche à piètement en lame et tube de laiton, cache ampoule en tôle laquée noir, était adjugée  3 500 euros le 3 février 2003lors de la vente Art déco organisée par la maison Camard (Me Le Mouel)à Drouot. Un lampadaire, modèle H, en papier et écorce de mûrier d'Isamu Nogichi ( vers 1960) a été vendue 9 000 euros par l'étude Cornette de Saint-Cyr le 26 janvier 2003, lors de la même séance, la lampe de table"métronome" de Yonel Lebovici (1984) a été vendue 10 000 euros et une applique murale à trois bras et trois abat jour de métal laqué noir de Serge Mouille a atteint 18 000 euros. " La cote de Serge Mouille s'est multipliée par 10 les six ou sept dernières années, celle de Yonel Lebovici, par 10 en dix ans… "commente Bertrand Cornette de Saint-Cyr.
    D'autres noms arrivent ou sont déjà là, naturellement celui d'Ingo Maurer qui joue subtilement  des lumières et de ses jeux sur les surfaces de grillages qu'il dispose autour de ses lampes.




Encadré: Quand les décorateurs ont le déclic

Psychologue clinicienne de profession et collectionneuse  de  passion pour tout ce qui est luminaires (notamment Art Déco) Marie Haddou explique: " Dans les année 20, on a commencé à imaginer tous les usages nouveaux que pouvait apporter l'électricité. On a inventé des formules inédites d'éclairage: indirect, de bas en haut, de haut en bas,rasant, sur les côtés… Les grands décorateurs ont tout de suite vu quel parti ils pouvaient tirer du luminaire et des effets lumineux. Ils se sont répartis en deux grandes familles. D'abord la famille classique des décorateurs adeptes de formes arrondies et de matériaux traditionnels . Je pense à Lalique et à ses variations autour du corps féminin, à Argy-Rousseau et à ses " Fleurs tropicales", lampe en pâte de verre moulé à cire perdue, à Albert Simonnet,  au "Cobra dressé" de Brandt et Daum. C'est un luminaire en bronze doré patiné avec un cornet en verre dépoli, gravé à l'acide. Un de ces lampadaires s'est vendu 101 986 francs ( 18346 euros) chez Me Kohn à Drouot en 1999."
"Ensuite il y a le courant plus révolutionnaire né dans l'Union des artistes modernes, l'UAM, qui associe des matériaux plus récents au verre et au métal. Ces décorateurs sont adeptes d'une géométrie simple, d'orthogonalité et de mélanges de matériaux. C'est  là que se situent Chareau et le célèbrissime  lampadaire La Religieuse de 1923, dont l'abat-jour blanc en albâtre évoque une cornette, Boris Lacroix et ses lampadaires  en tôle laquée et plexiglas, Francis Jourdain, Louis Sognot, Jean Perzel qui a monté une entreprise. Il faut mettre à part Jean-Michel Frank à qui revient le mérite d'avoir associé à son œuvre celle d'un grand artiste comme Alberto Giacometti."
"Pour ma part, ajoute Marie Haddou, j'ai un faible pour une lampe de parquet de Desny en métal, verre et laque dont le jeu des effets de reflets lumineux est envoûtant."


Publié par Le Figaro  ( 2003 )


02/10/2009
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