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Le record de Giacometti et la Fondation Maeght



Le record de Giacometti et la Fondation Maeght

J'ai bien aimé ouvrir, ce matin  cet email venu de Londres au lendemain de la vente par Sotheby's d'une sculpture célèbre d'Alberto Giacometti. Voici l'email reçu:  

"Hier soir record absolu :
"
Il s'agit de l'œuvre d'art vendue dans une vente publique pour le prix le plus élevé", a déclaré une porte-parole de la maison d'enchères.

Le bronze de
l'Homme qui marche par Giacometti, a été vendu pour 104,32 millions de dollars (quelque 75 millions d'euros). Le précédent record avait été atteint avec un tableau de Pablo Picasso, Garçon à la pipe, vendu pour 104,2 millions de dollars en mai 2004.

Le premier
Homme qui marche devait faire partie du projet pour la Chase bank.
Projet refusé par la banque.
Alors mon grand-père, Aimé Maeght, décide de confier la cour de la Fondation Maeght (alors, en 1959, en construction) à Giacometti pour que
l'Homme qui marche trouve enfin la place qu'il mérite.

La Fondation Maeght possède les 2 versions de
l'Homme qui marche, celle identique au bronze vendu hier soir et une version plus grande.
Pièces exceptionnelles car au lieu d'une patine, elles sont peintes sur le bronze par Alberto Giacometti.

Seule collection au monde à avoir les deux versions.
On pourra les voir cet été, en France, à Saint Paul !

Le marché n'a jamais dicté les choix de la famille Maeght, mais quand le marché valide les choix, passions et convictions de Maeght, je ne peux qu'être émue.

Parmi les artistes Maeght, il y a eu Bonnard, Matisse, Braque… Maintenant Giacometti.
Prochainement Miró, Calder, Chillida et Tàpies, puis le grand public découvrira enfin Rebeyrolle et Gasiorowski.

Après un tel record, regarderons-nous avec autant de simplicité les Giacometti que nous avons à Saint Paul ?
Mais oui, le regard est spontané, c'est ça la magie de la Fondation Maeght.

Best from London
Yoyo Maeght  "

Cela fait du bien, lorsque l'art, pour des raisons d'actualité sonnante et trébuchante, explose dans les écrans de télévision et déboule sur les unes des quotidiens,  de rappeler que l'art est d'abord   "magie" , comme le dit si justement Yoyo Maeght.  Il est  aussi question de perception, d'affinité, d'amour. La création de cette sculpture mise aujourd'hui en vedette, "L'homme qui marche",  ne se perd pas dans la nuit des temps. 1959,  ce n'est pas si loin de nous, tout juste un demi-siècle.  
Alberto Giacometti réfléchissait alors au projet que lui avait proposé, en décembre 1958,  l'architecte américain Gordon Bunshaft de réaliser  des sculptures pour orner la place située devant le nouveau bâtiment de la Chase Manhattan Bank dans le quartier de Wall Street. Il ne parvint pas à trouver l'idée qui lui aurait permis de satisfaire l'architecte et son marchand New-Yorkais Pierre Matisse. " Les difficultés à propos des sculptures de New York n'ont rien à voir avec le fait de la destination, banque, capitalisme, etc. comme tu sembles le penser. Non cela ne me gène pas du tout. C'est uniquement une question de sculpture, de dimensions, proportion, figuration, etc? Il fallait interrompre ce travail au moins provisoirement pour prendre des distances mais je vais le reprendre dès que possible. Mais comme les grandes sculptures m'ont ramené à la base même de mon travail, il faut d'abord que je voie un peu clair là. " écrit Giacometti le 2 février 1960 à Pierre Matisse, comme le relève dans son livre "Matisse père et fils", (en français  aux éditions de la Martinière - 1999) , le critique d'art international John Russel. 

C'est ainsi qu'au faîte de sa réflexion et de son art Giacometti trouva chez son ami Aimé Maeght, dans la cour de la Fondation de Saint Paul de Vence un cadre exceptionnel pour sa sculpture mythique. C'est l'occasion ici de rendre  à cette famille Maeght l'hommage qu'elle mérite. Aimé ( 1906-1981 ) fut ce marchand inventif qui avec sa femme Marguerite exposa et soutint les plus grands: Matisse, Braque, Léger, Calder, Chagall, Miro,Giacometti,  Pougny, Bonnard, Adami, Rebeyrolle, Bram van Velde, Tapiès, Ubac, Tal Coat, Bazaine, Chillida, Riopelle, Alechinski, Monory... Incroyable palmarès inscrit dans les catalogues de Maeght. Après lui, son fils Adrien puis les enfants de celui-ci Yoyo, Isabelle,  Jules ont poursuivi, avec les collections et de nouveaux artistes aussi comme Ikeda, Marco del Re... cette  recherche infinie de l'absolu. Yoyo Maeght a consacré à cette  fabuleuse aventure en marche un beau livre aux Éditions de La Martinière: " Maeght: la passion de l'art vivant". Vivant, oui, très vivant...  


Comme la  Fondation qui consacrera cet été, sa 

grande exposition annuelle à Giacometti. 
  
"L"Homme qui marche" y figurera naturellement à côté de plus de cent vingt œuvres de Giacometti Parmi elles, les grandes peintures portraits de  Marguerite Maeght, des dessins portraits d'Aimé Maeght, des meubles faits pour la Fondation ou la maison de la famille Maeght, des sculptures depuis les oeuvres de l'époque surréaliste de Giacometti jusqu'à la série complète des Femmes de Venise, Le chien, Le chat, les rarissimes plâtres peints, les films et photos de famille. La Fondation Maeght donnera ainsi à voir et à admirer un ensemble d'oeuvres et de souvenirs d'une richesse inouïe et d'une charge émotive puissante qui remettra en lumière en les ravivant les liens amicaux qui unissaient les frères Giacometti, Alberto et Diego, à la famille Maeght.


(À noter que la Fondation Maeght est actuellement fermée, réouverture prévue mi-avril.) 






05/02/2010
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