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Léon Bouzerand, photographies : Cahors en boucle 1940-1977

Un quatrième livre des photographies de Léon Bouzerand vient d'être publié. Ce volume: "Cahors en boucle, 1944-1970''' (2012) montre en images d'époque comment Cahors a -ou non - changé entre les débuts de la Guerre et la fin des "Trente Glorieuses"... Il contient des textes de Jean-Louis Marre, Jean-Louis Nespoulous et Christian Cazard, responsables de l'édition. Ainsi que des articles de  Jacques Bouzerand, Annette Kahn-Bouzerand, et des entretiens avec Pierre Fargues, Michel Poujade, Maurice Faure, Gabriel Loubradou, Pierre Maisonneuve, Françoise Bardin, Claude Bardin. Éditions "Cahors, Vitesse Limitée" .{{isbn|9782950553034}}.

 

VOIR AUSSI et surtout, plus complet, sur ce blog : http://monoeilsurlart.blog4ever.com/blog/lire-article-350977-2039968-blog.html

 

 

 

Texte pour ce nouveau volume:

 

 

Cahors au cours des « Trente Glorieuses »

 

 

 

Il y a bien les alertes aériennes.… Des avions menaçants survolent les méandres du Lot. Des sirènes stridentes invitent à se rendre toute affaire cessante dans les caves devenues abris… Mais Cahors, durant la guerre de 1939-45,  est épargnée des bombardements et des destructions massives. Ses murailles extérieures, ses ponts, ses entrées de ville… tout demeure intact. Intouché. Intouchable ?

 

 

 

Le Cahors de 1945 garde son visage du temps de l’autre guerre. Et même, en réalité,  celui que la ville s’est façonné patiemment depuis les invasions barbares. Cathédrale, églises, couvents, places, placettes, promenades…

 

Dans la boucle du Lot, le statu quo vaut aussi. Mise à part la destruction de l’enceinte et  le comblement des fossés, remplacé par un boulevard Nord-Sud, Cahors n’a pas bougé depuis de très longs siècles. La tour du Pape Jean XXII, la tour des Pendus, la tour de Saint-Barthélémy, la tour du Château du Roi, la cathédrale… se détachent  toujours sur fond de ciel, vues de Cabessut ou de l’Aviron… L ‘Arc de Diane dresse sa silhouette gallo-romaine sur un parterre de jardinets cultivés par quelques maraîchers ; le poissonnier Priolo est toujours établi sur les allées Fénelon, à l’ombre de la statue de Gambetta. Celle-ci n’a pas été envoyée à la fonte, à la différence des fusiliers marins de bronze qui la jouxtaient. Devant la gare, se cabre  sans relâche le Centaure de Louis de Monard ( 1873-1939), installé là dans les années 20-30 par le maire, Anatole de Monzie, ministre des Beaux-Arts.  On connaît la blague : un paysan sortant du train demande à son voisin en montrant la statue : « Késaco ? » L’autre lui répond : « Koï l’estatudo dé Moussu dé Mounzi ». Et le paysan : « Makarel ! Ho un drôle de tsioul questé dé Mounzi… »

 

 

 

Mais  dans le mouvement général de l’après-guerre même Cahors ne peut pas ignorer  le temps de la « reconstruction » : ses lignes vibrent… Et les cartes postales de l’époque passent du sépia au « versicolor »… L’Arc de Diane, précisément, devient le centre d’un immense chantier. Les jardinets font place à un grand ensemble scolaire, celui de la Cité Nord. Les archéologues s’y donnent à cœur joie en découvrant mètre carré après mètre carré  les vestiges maçonnés du tepidarium ou du gymnase antiques des thermes antiques. C’est l’époque de grands travaux en pleine ville : on construit le cinéma Le Quercy, rue Émile Zola ; la Banque populaire chasse de son territoire, face à l’hôtel de ville,  le Bordeaux et ses bals du rugby ; à l’angle opposé de la Poste, rue Wilson, la famille Henras construit un bel immeuble… Et chaque fois il faut creuser le sol. Chaque coup de pelle révèle des tessons de poteries, des pièces de mosaïques qui avaient dormi là deux mille ans… Miracle: le Cahors bi-millénaire et souterrain revient en lumière avec les travaux de la modernité. Il réapparaîtra  encore plus et mieux dans les années 2000, lorsque les travaux engagés pour créer sur les allées Fénelon un immense parking révèleront dans leurs excavations qu’autrefois à cet endroit même un amphithéâtre géant (ignoré jusque-là des historiens) accueillait des milliers et des milliers de spectateurs avides des spectacles du cirque.

 

 

 

La ville, mine de rien, mue, se pare, se pomponne. Elle s’ouvre aux influences des  urbanistes et des architectes qui assainissent les rues et les ruelles, qui redonnent aux immeubles une fraîcheur perdue, refont les devantures dont les anciennes boiseries peintes sont évacuées au profit du verre, du métal, du plastique… Ce  maquillage  contemporain efface peu à peu les rides nostalgiques de la vieille cité et lui fait perdre une large part de sa singularité  et de sa personnalité. Le temps est inexorable. C’est ce qui rend si précieux et si irremplaçable le témoignage de l’œil du photographe. Léon Bouzerand tout au long de son parcours a saisi ces moments, figé ces lieux, fixé ces visages… Dans ses photographies, l’histoire frémit, la petite histoire de Cahors, bien sûr, y défile. Mais aussi, au diapason, apparaît en filigrane la grande Histoire, celle de tout le pays qui rentre dans l’expansion et s’équipe en conséquence. Voilà qu’au fil des images on revit ce que Jean Fourastié, le grand économiste qui s’était choisi Douelle pour demeure, avait si justement nommé « Les Trente Glorieuses ».

 

 

 

Jacques  Bouzerand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



03/06/2012
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