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Notre décor chez l'antiquaire ( 2000 )

Quand notre décor de tous les jours se retrouve chez les antiquaires...
 
C'est un chance assez plaisante dans une vie de voir son quotidien basculer  dans l'histoire. Question d'âge. Ou de recul. Telle manif de mai 1968 est désormais décrite dans les manuels scolaires et voilà, reproduits dans un journal, des billets de 500 francs ( Pascal) qui n'ont plus cours depuis des années et qu'on avait presque oubliés. Demain l'Euro renverra aux magasins aux souvenirs nos Cézanne et nos Pasteur...Sic transit... Pour les meubles, ils y sont déja. Ils sont même dans les salles de vente et chez les antiquaires. Et leur cours au lieu d'être anéanti ne cesse de grimper.
 
La vogue du design en plein essor
 
Ces jours derniers à Drouot-Richelieu, le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint-Cyr mettait en vente 139 pièces de mobilier des années 1950-2000. Ce que l'on appelle design dont la vogue est de plus en plus grande dans les lofts de New-York et les appartements des start-uppers.  Sans atteindre des prix phénoménaux ces meubles qui avaient fait partie de l'ambiance des dernières décennies ont trouvé preneurs à des niveaux qui méritent l'attention. Un salon "Djinn" d'Olivier Mourgue, édition Airborne, en mousse et jersey extensible, estimé 30 à 35 000 francs s'est vendu 40 000 francs. Un porte revue en métal perforé de Mathieu Matégot, 2 200 francs; du même Mathieu Matégot un lampadaire en métal laqué ( vers 1950 ) 32 000 francs; une table basse piètement U en métal laqué: 21 000 francs; une chaise Nagasaki en métal et tôle perforée: 58 000 francs; une paire de fauteuils en cuir noir capitonné à structure tubulaire 36 000 francs.  
 
Fauteuils d'amphithéâtre
 
De Charlotte Perriand, une chaise " Synthèse des arts " ou "Ombre ", en contre plaqué cintré laqué noir dessinée en 1953, édition Tendo, 8 000 francs. De Jean Prouvé, un bureau de type "Cité", en métal relaqué et chène ( 1950 ) : 16 000 francs; une chaise standard en bois: 11 000 francs; deux fauteuils d'amphithéâtre provenant de la Faculté des lettres de Besançon: 10 000 francs. De Serge Mouille, grands créateur de luminaires, une applique à trois bras: 52 000 francs; une applique à deux bras: 43 000 francs. De Gaetano Pesce, (édition Cassina), un canapé " Tramonto a New York" en polyuréthane et tissu, (1979): 49 500 francs D'Ettore Sottsass ( édition Zanotta -1948-) une table  basse modèle "Ospité": 14 000 francs. De Shiro Kuramata ( édition XO -1986-) deux chaises "Sing,Sing, Sing" en métal anodisé nickelé, 20 000 francs. De Ludwig Mies van der Rohe ( édition Knoll) un fauteuil "Barcelona" avec repose-pieds 16 500 francs; et une paire du même modèle: 35 000 francs. De Philippe Starck, une lampe "Ara" en métal chromé : 4 800 francs.
 
Un incroyable richesse créative
 
Pour comprendre l'intérêt des ces meubles qui, pris séparément, pourraient laisser indifférent, il faut les replacer dans leur histoire, les situer dans le mouvement créatif. Deux ouvrages passionnants publiés récemment aux éditions Massin rendent parfaitement et joyeusement compte de l'incroyable  richesse imaginative du mobilier français depuis l'art déco jusqu'à ces jours derniers. Dans son livre "1930-1960" Yvonne Brunhammer permet de suivre le chemin parcouru entre deux moments phares: l'Exposition coloniale ( 1937 ) et l' Exposition universelle de Bruxelles en 1958. Période de choix pour Mallet-Stevens, Jean Prouvé, Charlotte Perriand, Pierre Charreau, André Arbus, René Herbst, Jean Royère...Peu à peu, c'est le thème du volume "1968-1998", écrit par Yvonne Brunhammer et Marie-Laure Perrin, ces maîtres de confort et de goût vont céder la place à une génération qui imagine sous nos yeux notre décor quotidien: Andrée Putman, Philippe Starck, Pierre Paulin , Olivier Mourgue, Elisabeth Garouste et Mattia Bonetti, Roger Tallon, Olivier Gagnère, Jean-Michel Wilmotte...
 
De l'art conceptuel aux meubles meublants
 
C'est un autre plaisir et un intérêt d'un ordre un peu différent que l'on apprécie en voyant un artiste considéré comme l'un des plus grands -et des mieux consacrés par le marché et la scène internationales- se lancer impérativement dans la création de meubles. Ce fut le cas aux Etats Unis de Donald Judd, c'est aujourd'hui celui de Bernar Venet. Ce peintre et sculpteur de formes gigantesques et fortement conceptualisées, dont on peut voir les équations magiques se détacher sur des fonds bleus ou jaunes intenses à la galerie Jérôme et Emmanuelle de Noirmont, avenue Matignon à Paris dessine et taille à son tour et pour son plaisir sa ligne de mobiliers. Dans l'acier tranché brut il construit des bureaux, des tables, des fauteuils...dont la puissance janséniste et l'équilibre serein  font de pures oeuvres d'art. Mais il faudra attendre encore un peu pour que Jacqueline Moussion, galeriste vibrante de la rue Vieille du Temple, les fasse découvrir au public.

Publié en 2000


02/10/2009
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