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Romain Gary, es-tu là ???


 

 

« Parle leur maintenant » ( Romain Gary ) par Muriel de Rengervé. Éditions Jacob-Duvernet.

 

 

Sur leur site,  les Éditions Jacob-Duvernet publient l’information qui suit. Je cite. Plutôt, je m’autorise à citer, car cette publicité ( stricto sensu : le fait de rendre public ) pour un texte destiné à appâter les lecteurs ne peut  être jugée ni comme un « plagiat » sur ce blog,  ni comme une mauvaise manière faite à l’éditeur ou à l’auteur pour remplir ici commodément et sans fatigue de la surface avec un texte sorti d’une autre plume ou d’un autre Mac. Voici donc les « prières d’insérer » du livre: 

 

« INÉDIT : Un manuscrit de Romain de Romain Gary découvert dans les archives de l’avocat suisse de l’écrivain en juillet 2011 est publié par les Éditions Jacob-Duvernet le 2 avril. Ce texte écrit à la première personne revient avec de nombreux détails sur la supercherie de l’écrivain qui s’était créé sous le pseudonyme d’Émile Ajar, un double dans l’écriture, obtenant ainsi, pour la première fois dans l’histoire de la littérature, sous ses deux identités, deux prix Goncourt. »

 

« Muriel de Rengervé, normalienne, agrégée d’histoire, présente un manuscrit inédit de Romain Gary terminé le 2 décembre 1980, le jour de sa mort. Retrouvé dans les archives de l’avocat genevois de l’écrivain, Maître Junod, plus de trente ans après (juillet 2011), ce texte, publié sans aucune modification – “On ne corrige pas du Gary” – se situe à mi chemin entre la confession et le journal intime, le roman et le livre de mémoires. Plus qu’une oeuvre littéraire, ce manuscrit constitue un document historique de premier ordre puisque Romain Gary y expose les raisons qui l’ont amené à créer Émile Ajar, son double dans l’écriture. Fait unique dans l’histoire de la littérature, l’écrivain-diplomate avait reçu deux prix Goncourt. L’un sous le nom de Romain Gary pour Les Racines du ciel en 1956 et l’autre, dix-neuf ans plus tard, pour La Vie devant soi sous le pseudonyme d’Émile Ajar. »

 

« Dans la préface de cet ouvrage que Muriel de Rengervé a intitulé « Parle-leur maintenant » et qui sort le 2 avril en librairie, elle explique: “C’est un homme blessé que j’ai découvert, profondément mélancolique, marqué par le spleen des âmes slaves, découvrant finalement que, du mensonge qui devait lui sauver la vie, il lui devint impossible de sortir autrement que par une pirouette tragique. On est loin du hiérarque de la République des lettres, diplomate, gaulliste, plus ou moins réac… Un homme attachant, terriblement proche de nous, émouvant.”

 

« La ficelle peut paraître un peu grosse tant “le coup du manuscrit trouvé constitue une astuce bien éventée”, prévient l’historienne. Pourtant outre la lettre explicite de la secrétaire Martine Carré, citée dans la préface – “(…) Je me suis engagée à conserver le secret, Monsieur Romain Gary voulant empêcher que la véritable identité de l’auteur soit connue” –, les dates sont précises (de 1974 à 1980) et ne souffrent aucune approximation. Les lieux – le quartier latin, le Lot, la rue du Bac, les maisons d’édition en contrat avec l’auteur – et les personnes citées – le gotha germanopratin de l’époque, Claude Gallimard, Paul Pavlowitch, Jean Seberg, etc. – existent bel et bien. Les sceptiques, critiques ou exégètes, qui crieront au scandale devraient en être pour leurs frais. À moins que Muriel de Rengervé, convertie à la Poétique garyenne, ne tende au lecteur un ultime piège dont la littérature a le secret et que l’auteur des Enchanteurs savait maîtriser mieux que quiconque. Qui sait ? » 

 

Fin de longue citation.

 

 

Dès que j’ai reçu l’ouvrage, je l’ai ouvert et me suis jeté dedans. L’auteur de la préface avait même eu l’amabilité de me l’adresser avec cette dédicace : « À un journaliste qui eut le mérite de « découvrir » Ajar ». Même si cette petite phrase ne m’avait illico mis en appétit de savoir sous quelle sauce ma modeste intervention autour d’Ajar avait pu être nappée, - « Pseudo » d'Ajar-Gary ne m’avait pas gâté ! - j’aurais fait de même. Gary est un  tel personnage de la littérature française qu’on est toujours avide d’en avoir des nouvelles.

 

Les nouvelles en l’occurrence datent un peu. Mais avec Gary tout est toujours nouveau ! Même quand il n’est plus là. J’ai lu avec l’avidité requise les 256 pages de l’ouvrage. Il est très bien écrit, et très renseigné. Aussi, je laisse à chacun le plaisir de découvrir le parcours de Romain Gary depuis janvier1974 jusqu’au tragique « Jour J » du 2 décembre 1980. Cette traversée  mêlée fut celle du triomphe d’un deuxième Goncourt, de douleurs et d’accomplissements, de disparitions et de questionnements, de textes magnifiques ( « Les Cerfs-volants » - un chef-d’œuvre à mon avis - ) et de semi-échecs, d’un refus viscéral du vieillissement et de décisions réfléchies. La plus radicale fut celle qu’il prit de se donner la mort avec son Smith & Wesson. Mission accomplie. Périple terminé. Station terminus. « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci » Quelle dignité !

 

Je ne suis pas assez naïf – hélas ? - pour faire foi à la belle fable des papiers retrouvés…  D’ailleurs l’éditeur prévient : « Mais que le lecteur prenne garde de ne pas tomber dans l’un de ces pièges dont la littérature a le secret. Ces carnets inédits ne seraient-ils pas eux aussi, le fruit d’une supercherie, née de l’esprit romanesque d’un autre Ajar ? »  Seul témoin avec Paul Pawlovitch, de l’épisode restitué à compter de la page 101, j’en connais les détours les plus extravagants et les détails les plus ténus. Je sais aussi à qui j’ai raconté par le menu cette aventure.  Elle fut pour moi géniale – imaginez le vertige pour un jeune journaliste missionné par un grand hebdomadaire comme « Le Point » lorsque seul et premier parmi tous les autres Sherlock et Rouletabille de la presse française -, je pointais « l’écrivain public numéro 1 ». Du travail d’enquête, certes, mais aussi une chance phénoménale. La photo d’Émile Ajar – Paul Pawlovitch, diffusée par « France-Soir » avait été prise à la Guadeloupe lors d’un séjour chez mon plus fidèle et plus ancien ami qui avait fait ses études à Toulouse, comme Ajar dans son récit pour « Le Monde » à Yvonne Baby. Je déjeunais dans sa famille un dimanche. Je lui montrais l’image pour savoir s’il reconnaissait le visage d’un étudiant toulousain des années 60, croisé au Restau U, au « Capoul », au « Tortoni », au « La Fayette »… Étudiant à Paris, j’étais moins familier de ces institutions de la Ville Rose. Une demi-seconde à peine pour entendre mon ami : «  Mais c’est Alex ! », le nom que nous donnions à Paul quand nous étions plus jeunes.  Bingo ! Ce fut aussi pour moi le début d’une période compliquée. Entre mon devoir professionnel, le loyalisme  que je devais à mon journal et l’impression que je pouvais avoir d’être entré par effraction dans le territoire privé d’un ami – certes guidé par des indices déposés par lui – je dois dire que j’ai longtemps éprouvé des tensions cruelles. Bref, du temps a passé sur ces blessure et les réflexions auxquelles elles conduisent  sur les grandeurs et les misères du journalisme…

 

Sur l’identité du « Nouvel Ajar » de « Parle leur maintenant », je ne me mettrai pas en embuscade. Je me suis pourtant  constitué quelques points de repère. Du coup j’ai ma petite idée. Je n’en dirai pas plus. Et je délègue, en toute modestie et un zeste d’humour, à un « nouveau Bouzerand » le soin – aidé par les hasards - de débusquer ce « Nouvel Ajar »…

 

 

Jacques Bouzerand

 

 

 

 

 

 

 

 

 



05/04/2012
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