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Salles des ventes : la saison des bijoux ( 2006 )

                Salles des ventes : la saison des bijoux


CHAPO

Ou acheter des bijoux ? Chez les bijoutiers bien sûr. Mais pour les amateurs de parures anciennes, à côté des antiquaires,  les  salles  de ventes et les commissaires-priseurs  ont des offres  particulièrement  alléchantes.  Et à des prix mieux qu’intéressants.  Trois experts parlent.


PAPIER

    Depuis Cromagnon, et même peut-être avant, le bijou est ce que l’homme a trouvé de plus expressif  et de plus durable pour exprimer le sentiment d’un moment de bonheur. Fiançailles, mariage, festivité, naissance, rencontre, cérémonie … Eté comme hiver,  le bijou est aussi un signe de distinction qui signale l’appartenance à un groupe. Les bijoutiers et les joailliers  s’efforcent de répondre à la demande et de fournir au gré des modes les joyaux qui se marient  à l’air du temps. Comme le temps passe, les bijoux, au fil des ans, glissent du marché du neuf à celui de l’occasion.  Disons plutôt du second marché, comme pour les œuvres d’art que sont les bijoux.
Ces bijoux, on en achète certes tout au long de l’année  mais ce marché, deux fois par an, se fait d’une certaine manière saisonnier.  Il s’active au printemps et à la période des fêtes. On  peut ainsi remarquer ces temps-ci une effervescence particulière : dans le seul dernier numéro de la Gazette de l’Hôtel Drouot, les programmes de ventes de bijoux pour le mois de décembre en France occupent plus de 65 pages sur 364. Ce n’est pas rien.
    « Si l’on veut être certain qu’une pièce ne perde pas de valeur, il faut acheter dans le haut de gamme qui se vend toujours très bien alors que la moyenne gamme est moins attractive » assure en substance Emeric Portier, expert pour de nombreux commissaires-priseurs  comme  Beaussant-Lefèvre, Camard, Castor-Libert-Hara, PIASA… Ce connaisseur raconte qu’il a  suivi un saphir de taille ancienne et de « vieille matière », c’est à dire extraite de mines aujourd’hui épuisées, acheté jadis chez un joaillier,  vendue par un particulier, rachetée par le même joaillier, qui l’a revendue puis récemment  rachetée…A des prix toujours croissants .
    Un important devant de corsage en platine ajouré à décor de fleurs, serti de nombreux diamants, portant un poinçon attribué à Chaumet, estimé par Emeric Portier à 45 000 euros, a trouvé preneur à 103 000 euros chez Castor-Libert-Hara le 22 novembre à Drouot-Richelieu. Au cours de la même vente, une broche de forme ovale en or gris à décor floral sertie de diamants, estimée 25 000 euros s’est vendue 120 000 euros. Une bague en platine ornée d’une perle grise entre deux diamants de forme obus est partie pour 38 000 euros. Une paire de clips d’oreilles  en forme de fleurs, en platine et or gris, avec chacune  un diamant rond, cinq diamants poire, et une perle : 78 000 euros.  Chez Camard, le 21 novembre à Drouot-Richelieu, un collier articulé de style antique, en or jaune à décor de pampres en billes de verre et grappes montées sur fil d’argent, travail italien de Castellani,  a été adjugé 41 000 euros. Ces achats sont en général  à 70 % le fait d’ étrangers :  anglais, américains, suisses. Naturellement, dans l’ancien comme dans le moderne, les signatures les plus connues : Fouquet, Lalique, Odiot, Van Cleef & Arpels, Cartier, Mauboussin …entraînent de substantielles  plus values. Et des prix parfois époustouflants.
 Cela dit on peut très bien acheter aux enchères des bracelets en or, du type gourmette, à 12 euros le gramme, contre 30 euros chez un antiquaire et 90 à 120 dans une boutique en vue. On peut aussi y acquérir des alliances en diamant à 600 euros, soit cinq à six fois moins que chez un joaillier.  Encore faut-il trouver la bonne dimension, car on ne peut pas les réajuster.
« Un bijou raconte une histoire, dit Jean-Norbert Salit, expert pour la maison de vente Pierre Bergé et Associés.  Il raconte une histoire de vie et une histoire de mode » . Ce passionné qui vibre  dans le métier depuis 37 ans fait partager son goût pour les camées, ces délicates pierres fines sculptées en relief Des œuvres convoitées par des amateurs, dont beaucoup de Japonais. «  Ce sont de grands objets d’artistes, malheureusement  cet artisanat a disparu ».  Ainsi, lors de la vente du 7 juin chez Pierre Bergé & associés,  à Drouot-Richelieu, une broche ornée d’un camée sur agate à deux couches représentant une tête de jeune femme, monture or rehaussée de diamants, année 1880,  a été vendue 2 100 euros.  Lors de cette vente, il y en avait pour toutes les envies : un bracelet or et argent, à ruban de perles fines et diamants ( adjugé 2 200 euros) ; un bracelet « tank » en or à 3 300 euros ; une tortue Cartier, broche agate bleue petit diamant à 3 600 euros ;  une chaîne en diamants et émeraudes augmentée d’ une belle émeraude en poire à 35 000 euros. Le 16 mai, à Genève, déjà chez Pierre Bergé et associés,  un superbe pendentif de Lalique, une femme papillon en émaux translucides et or, avait atteint 48 000 euros. Tandis qu’une parure draperie  de turquoises, or et brillants diamantés de Van Cleef & Arpels, années 60, se vendait 100 000 euros.

Julie Valade, expert pour Artcurial, relève, elle,  l’intérêt croissant des amateurs pour l’art déco  décidément à la mode.  «  Ces pièces art déco sont souvent très raffinées. Elle sont fabriquées avec grand soin et la géométrie de leur dessin leur donne une vraie modernité » Ainsi, un bracelet souple platine et or gris de 1925 avec diamants était vendu 9 900 euros, le 31 juillet à la vente Artcurial organisée à l’hôtel Métropole.  Il n’en demeure pas moins que le diamant éternel est toujours le roi indétrônable du marché des bijoux.  Lors de cette même vente un collier rivière de diamants jaunes (28,43 carats) estimé 350 000 euros obtenait 576 800 euros et une bague en or gris ornée d’un diamant bleu ( FVB, fancy vivid blue) de taille émeraude de 3,35 carats partait pour 1 271 300 euros. Une sorte d’Himalaya.
        
    

ENCADRE
            Pierreries : des codes et des tailles

Qui dit bijou, dit souvent pierreries.  La qualité de la pierre, sa couleur, sa pureté sont les critères qui influencent le prix. Pour le diamant, que l’on pèse en carats, ( un carat égale 0, 2 gramme ),  la note, en lettres de l’alphabet,  varie du D, blanc exceptionnel +, au Z, très teinté. En passant par le H, blanc. Les inclusions sont aussi prises en compte comme l’explique  Françoise Cailles dans son « Argus Valentine’s, bijoux ». De IF, pur de pur, et moins rarement de VVS1 ( very very small inclusions) à P1, 2 ou 3 (piqué, avec inclusion  visibles à l’œil nu), toutes les variations sont possibles.  Intervient ensuite la taille.  58 facettes pour le brillant,  de taille ancienne (TA), du début du XX ème siècle (DT) ou moderne (TM) qui ne compte que 57 facettes. D’autres formes existent : poire, marquise ou navette, coussin, ovale, cœur, briolette, boule, radian ou rectangulaire, carré, hexagonal, baguette, en émeraude ou de taille à l’anglaise. .. Quatre pierres sont qualifiées de précieuses : le rubis, l’émeraude,  le saphir et la perle fine. Les autres gemmes,  nommées pierres fines, constituent une liste chatoyante de l’aigue-marine (bleu de mer) au zircon, en pratique incolore ou légèrement teinté.


Publié par Le Figaro  ( 2006 )


02/10/2009
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