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"Trois jours avec Dieu" d'André Bégout (Une fable)

 

 

 

On a parfois de drôles de surprises. En voici une, sous forme d’un petit livre publié chez Elzévir à Paris, sous une couverture illustrée par un tableau «  Quatre en cellule » du peintre français de plus en plus renommé, Didier Chamizo. ( Voir Artprice pour sa cote ). Ce petit livre est, quant au sujet, en réalité un des plus vastes. Et des plus ambitieux, et des plus extraordinaires aussi, puisque il est le récit, le reportage post mortem, d’un motard accueilli – faut voir comment – chez Dieu le Père.

 

Le motard, renvoyé ad patres et expédié illico au Paradis, s ‘attend à y trouver un Dieu carrément michelangesque enrobé d’un badigeon de mièvrerie rococo, dans un vol de nuages évanescents truffés d’angelots rebondis… Pas du tout ça, en réalité… Dieu, le vrai, celui que rencontre notre motard est un « malabar de deux mètres de haut, pesant aisément son quintal ». Ce curieux sexagénaire a « une belle gueule, longue, un peu chevaline, couronnée de longs cheveux poivre et sel descendant sur de larges épaules ». De quoi retomber lourdement sur ses pieds.

 

Nous y voilà en effet! Il ne faut pas en faire toute une histoire, Dieu, finalement, est très accessible. Sympa même. Quoique… Il est un peu comme un pote de bistrot qui entre deux gorgeons conterait ses exploits. Adam ? Je l’ai assez bien réussi, mais  quel fainéant. Ève ? Carrément usante. Noé et son arche, Josué et ses armées, Judith et la tète d’Holopherne, Salomon et son temple…, chacun reçoit pour son grade ses qualificatifs, son récit gratiné et son lot de péripéties bibliques.  Voilà ce qui  compose en quelque  sorte la trame de ces « Mille et une nuits »  condensées en  ces deux premiers jours. 

 

Le troisième jour, notre motard s’enhardit et s’en vient à évoquer –à tout Seigneur tout honneur -  Jésus. Là haut, il faut bien l’avouer, son éclat n’est pas très vif.  Dieu voit en lui « Un utopiste ! Un rêveur qui n’a rien compris aux motivations humaines ».  En voilà un en tout cas qui n’est pas prophète en son pays… Mais il y en a un autre, bien là, et pourtant invisible, Mahomet, naturellement,  qui  explique comment il a rédigé ses sourates… Bref, avant d’être conduit vers d’autres horizons ( par l’ange Gabrielle) notre motard aura croisé du beau linge, appris au plus près des sources, d’extraordinaires leçons. Il s’en sera fait une belle provision pour la suite de son aventure. Comment elle se termine  cette aventure? Je ne vous le dirai pas car nul n’en prévoit la fin. En l’occurrence, la route de l’au delà pour lui ne fait que commencer et ça durera – à ce qu’on dit- des siècles et des siècles…

 

On l’aura compris, avec son récit allant et bien tourné, « Trois jours avec Dieu », l’auteur, André Bégout, a écrit une fable un brin rabelaisienne, un zeste voltairienne, décalée, provocatrice. Mine de rien, en balayant ainsi à grands traits de pinceaux et à gravures au burin 4000 ans ( et sans nul doute beaucoup, beaucoup plus) de l’Histoire de l’humanité, il nous conduit à réfléchir sur les grands mythes qui ont servi de piliers à nos civilisations. Comme tout philosophe. Même s’il n’en a pas la plume tristounette.

JB



09/03/2013
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