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Un polar dans l'art contemporain...

Un polar dans l'art contemporain....

Pourquoi parler ici d'un roman policier ? Parce que ce polar est un excellent « pol…art »… « Les Visages » de Jesse Kellerman, - publié à Paris aux éditions Sonatine, ( bien ) traduit en français par Julie Sibony -  intitulé « The Genius » en américain, « Art Brutal » en anglais, est un thriller qui se déroule pour l'essentiel à New York, à Chelsea, à Tribeca… autour d'un jeune galeriste, Ethan Muller, issu d'une des familles les plus fortunées des États-Unis.

Ce qui est tout à fait plaisant pour un lecteur captivé par le milieu de l'art contemporain, c'est que ce roman décrit et fait vivre avec beaucoup de vérité le comportement des agents du plus important marché d'art contemporain. Les artistes qu'ils évoque sont pour la plupart réels ( ainsi, bien sûr, Duchamp, Dubuffet, Hirst, Warhol, Twombly… mais aussi Wireman Philadelphia, Steinberger…) et leurs œuvres évoquées existent. Kellerman en parle en connaissance de cause, ce qui est loin d'être fréquent chez les auteurs de romans policiers lorsqu'ils entrent – c'est rare - par effraction dans le monde de l'art et cela donne du corps au récit. Vernissages, collectionneurs, artistes, assistants, experts, galeristes… tout y est bien vu, piqué.

Surtout, il y a dans ce livre des réflexions générales qui sonnent juste. Ainsi : « Les gens, écrit Kellerman, ne se rendent pas compte de la créativité qu'il faut pour être marchand d'art. Sur le marché actuel, c'est le galeriste, et non l'artiste, qui fait le gros du boulot. ( … ) De nos jours, en particulier, il y a tout simplement trop d'œuvres en circulation pour qu'une personne lambda puisse faire le tri entre les bonnes et les mauvaises. C'est le travail du galeriste. Nous sommes des créateurs, sauf que nous créons des marchés et que notre production englobe les artistes eux-mêmes. Les marché à leur tour créent des mouvements et les mouvements des goûts, une culture, les canons de l'acceptabilité : en bref, ce que nous appelons l'Art avec un grand A. Une œuvre d'art devient une œuvre d'art - et un artiste un artiste – dès l'instant où je vous fais sortir votre chéquier. » C'est assez finement observé, non ? 

Et puis, ( pour moi c'est déterminant ), le héros a acheté quand il était tout jeune un dessin de Twombly qu'il avait accroché au dessus de son lit à Harvard… Je ne déflorerai pas la formidable intrigue qui tient en haleine tout au long des 470 pages du volume. Je dirai simplement qu'elle se tisse aussi au coeur de la saga de l'Amérique et qu'elle est plus qu' habilement ficelée. Génial…quoi. Sachez seulement que l'histoire est née à Lausanne d'une flânerie hyper-imaginative autour de l'œuvre extravagante – et réelle - de l'artiste concierge Henry Darger… Et que le roman a été élu "meilleur thriller de l'année" par le "New York Times" et le "Guardian". Références...

Qui est Jonathan Kellerman ? Il est né à Los Angelès le 1 er septembre 1978. Ses parents, Jonathan ( psychologue ) et Faye ( dentiste ) sont devenus écrivains et ont accumulé les succès de librairie. À Harvard, Jonathan junior a étudié la psychologie et les comportement antisociaux. Il a d'abord écrit pour le théâtre et remporté en 2003 le Prix Princesse Grace. Il vit en Californie avec son épouse Gabriella et leur premier bébé. « The Genius » est son troisième roman après « Sunstroke » ( 2006 ) et « Trouble » ( 2007 ) que je vais m'empresser de lire en attendant son quatrième » L'Exécuteur » qui doit sortir le 1er avril 2010.


...  Et une comédie française.


Le hasard de mes lectures a fait que juste après ce livre j'ai lu, dans un tout autre registre mais dans le même monde, celui de Cécile David-Weill, « Les  Prétendants », publié en janvier aux éditions Grasset. Cette fille de puissante famille de banquiers dont l'art est un des moteurs y invente une comédie délicieusement persifleuse qui agite des milliardaires et leurs invités ( la famille, les piliers, la petite bande, les olibrius, les habitués du 14 juillet, les « tickets de cantine »…) à « L'Agapanthe » la villa patrimoniale du Cap d'Antibes. Les menus travers et les fautes inexpiables de savoir-vivre ou d'étiquette des uns ou des autres y sont disséqués par une plume alerte et avisée. On y croise Maurice Saatchi et Karl Lagerfeld, Diane de Fürstenberg, Larry Gagosian et Christian Louboutin et pas mal d'autres dont il faut décrypter les identités. On y découvre les menus de la gentry et ceux du personnel et même la recette détaillée du « cœur à la crème », un dessert pour 8 à 10 personnes. On y passe un été charmant ( quoique…) sous le soleil et les pins parasol crissant de cigales, tout n'est que lavandes, cyprès et lauriers roses, on est assis sur des chaises de Sol Lewitt, et on dîne dans des assiettes de Picasso… Tout un univers
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24/02/2010
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