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Un siècle de bureaux: 1660-1760

Les bureaux 1660- 1760
 
 
         Un beau meuble ancien caresse les sens, sollicite l'imagination et mobilise les connaissances. Qui l'a commandé? Qui l'a exécuté? Qui l'a installé dans son intérieur? Quels contrats, quels mots doux, quels romans ont été signé là, sur cette surface encore sensible? Qui a ouvert ces tiroirs pour y cacher quoi?
         Dans son livre " Sous mon marteau "publié voilà quelques mois chez Plon, Me Jacques Tajan en amoureux transi des beaux objets fait revivre,  dans l'intimité de quelques grands personnages de l'ancien régime, la Marquise de la Ferté-Imbault, le fermier général des domaines Chabanel, quelques uns des bureaux qu'il a eu le bonheur de voir passer dans son étude. Les voici: un petit bureau de pente en placage de bois de rose et bois de violette, orné d'une marqueterie de branchages en bois de bout estampillé B.V.R.B. et adjugé 2 106 226 francs le 23 mars 1998; un bureau plat en placage de palissandre attribué à Latz adjugé 3 608 831 francs le 7 novembre 1991  et un exceptionnel bureau plat et son cartonnier ( surmonté d'un pendule signée Bouchet ) en placage d'ébène estampillé Ph. Montigny adjugé 4 102 000 francs, le 17 juin 1997. Il en parle toujours avec beaucoup d'émotion. Il présente dans sa vente du 20 juin à l'Espace Tajan quelques autres pièces de qualité. Un bureau de pente de forme mouvementée en placage de loupe d'amboine et marquèterie de panier fleuri estampillé  Hache fils à Grenoble.Ce bureau Louis XV est estimé de 300 à 400 000 francs. Un bureau plat placage de bois de rose Louis XV en partie restauré et estampilllé J. Caumont, estimé de 80 à 100 000 francs
         Les bureaux, Mazarin (à caissons), plats, à dos d'âne, de pente, à cylindre, secrétaires... inspirent les vrais connaisseurs. Me Maurice Rheims  fut l'un des grands commissaires-priseurs français, aujourd'hui retiré des affaires mais écrivain vivace, voir " Les collectionneurs " chez Ramsay ou le tout récent " Nouveau voyage autour de ma chambre " récemment paru chez Gallimard. Pour lui, l'un des plus beaux meubles du monde est un bureau en bois de placage satiné ornementé de bronze ciselé et doré par Caffiéri. Ce chef d'oeuvre avait été commandé par le duc de Choiseul avant d'appartenir au prince de Talleyrand, au prince de Metternich puis au baron Edmond de Rothschild qui l'acheta en 1900 pour 1 200 000 francs de l'époque soit 24 millions de francs d'aujourd'hui. Faut il s'étonner de ce prix? Le bureau à cylindre à lattes mouvantes, dit bureau du roi que l'on peut admirer au château de Versailles fabriqué par Oeben, Riesener et quelques autres intervenants, ( 1760-1769), avait été payé par le roi 75 000 livres ce qui ferait aujourd'hui la coquette somme de 32 millions de francs...
 
         Un sommet a été atteint en vente publique le 24 novembre 1995 à l'Hôtel Drouot par le ministère de Mes Beaussant Lefèvre. Le marteau tombe sur une enchère de 5 650 000 francs, 6 268 901 francs avec les frais, pour un secrétaire en pente, dit bureau dos d'âne, galbé à toutes faces reposant sur quatre pieds cambrés à facettes. Ce meuble d'exception en laque du Japon orné de très nombreux personnages, cavaliers, rochers, montagnes, pagodes, arbres, feuillages, bambous, oiseaux, papillons...présente un abattant qui découvre casiers et tiroirs. Les bronzes ciselés et dorés poinçonnés à de nombreux endroits d'un " C couronné "sont à décors d'encadrement à feuillages, fleurettes, rocailles, coquilles...Il est estampillé B.V.R.B.
         Ces initiales mystérieuses n'ont été identifiées qu'en 1957 par J.P. Baroli. Il s'agit de Bernard II van Riesen Burgh, ( vers 1696-vers 1766 ) issu d'une grande dynastie d'ébénistes d'origine néerlandaise. Reçu maître en 1733 il a conçu et créé de nombreux meubles pour les grands et riches merciers parisiens, Hébert, Lazare-Duvaux, Poirier et pour le Garde Meuble de la Couronne.  On peut voir aujourd'hui des meubles de B.V.R.B. au Louvre, à Versailles, au J.Paul Getty Muséum, au Metropolitan de New York  et dans les collections de la Reine d'Angleterre, les collections Wallace ou Frick.
         Un secrétaire exceptionnel de B.V.R.B. est l'un des joyaux de la collection de très haut niveau de Djahanguir Riahi, un Iranien né en 1914, ingénieur des Ponts et Chaussées, grand bâtisseur au Moyen Orient, installé à Paris depuis 1956 et passionné par l'art français du XVIII ème siècle. Rompant avec les habitudes bien ancrées du secret, cet "artiste en collection"  et mécène discret des musées nationaux, a décidé de faire connaître ses richesses et ouvert ses portes à l'éditeur Franco-Maria Ricci. Celui-ci a consacré à quelques uns des trésors à couper le souffle de Djahanguir Riahi un superbe livre que l'on trouve dans la boutique FMR, chaleureuse et très en vogue, dirigée par Yves Dantoing,  rue des Beaux-Arts à Paris. Le secrétaire, bâti de chêne, placage de bois de rose et de bois de violette, comporte six panneaux de laque du Japon, il provient vraisemblablement de la collection de Madame de Pompadour. Djahanguir Riahi possède aussi un autre secrétaire en armoire du même B.V.R.B. ( vendu en 1962 au Palais Galliera par Me Rheims ), et un secrétaire en pente de B.V.R.B. vendu par Christie's à New York le 24 novembre 1998. On ne saurait passer sous silence le secrétaire à cylindre du Duc d'Orléans, Louis Philippe, , de Jean-François Oeben ( 1721-1763) vendu à l'Hôtel Drouot le 21 juin 1996 par Me Solanet, ni le bureau plat de Joseph Baumhauer, dit Joseph,  vendu à l'Hôtel Drouot le 10 décembre 1963 par Me Couturier.
 
 
         Les bureaux sont très recherchés. Ils sont présents dans de nombreuses ventes (les commissaires-priseurs Poulain Le Fur, Marc-Arthur Kohn, Morelle Dumousset Lenormand...en adjugeaient récemment de fort convenables ) Mais ils ne volent pas tous dans la haute atmosphère. On peut en trouver à des niveaux raisonnables, même si parfois élevés. Ainsi, chez Mes Beaussant Lefèvre on pouvait acheter aussi,  le 10 décembre 1999 à l'Hôtel Drouot par exemple, un petit bureau de dame, en placage d'amarante, avec plateau richement ornementé de bronze, style Louis XV. Estimé 8 à 10 000 francs, il est parti pour 27 713 francs. Le 28 juin cette étude propose à Drouot-Richelieu un bureau plat à ceinture et plateau mouvement&, pieds cambrés sur une estimation de 40 à 50 000 rancs. Un petit bureau de pente marqueté de croisillons début Louis XV estimé de 30 à 40 000 francs. Et, située aux marges de notre cadre et impossible à taire une table à écrire rectangulaire en placage de bois de rose dans des encadrements d'amarante, estampillée Riesener, venue du Garde meuble de la Reine Marie Antoinette à qui elle a été livrée le 2août 1782. Ce meuble ne peut sortir de France.
         Chez Piasa un bureau plat de forme mouvementée en placage de bois de rose marqueté en feuilles, pieds cambrés, d'époque Louis XV a été adjugé 155 200 francs le 2 décembre 1998 à Drouot-Richelieu. Et dans cette étude le 28 juin 2000, à Drouot-Montaigne, un bureau Mazarin rectangulaire, en placage de bois à décor d'un large bouquet fleuri dans un vase en partie d'époque Louis XIV était proposé sur une estimation de 200 à 300 000 francs. Un autre en placage d'écaille, cuivre et étain entre 200 et 250 000 francs. Et chez Me Aguttes à Neuilly, le 19 juin, on pouvait acheter un bureau Mazarin ou un bureau dos d'âne Louis XV estimés entre 50 et 60 000 francs...
 

Publié par Le Figaro  ( 2000 )


02/10/2009
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