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Yayoi Kusama au centre Pompidou : entre le Néant et l’Éternité


« Entrez dans ma folie j’entrerai dans la vôtre » Avec Yayoi Kusama, pas besoin de se forcer. Son univers fascine, envoûte. On y perd ses repères et un brin sa conscience.

Yayoi Kusama est née en 1929 au Japon, à Matsumoto, préfecture de Nagano. À dix ans elle peint à l’aquarelle, à l’huile ou dessine au pastel des motifs qui sont des pois de couleurs. Mais ce pois, ce point, ce « dot » (en anglo-américain), bref, ces cercles de couleur ne sont pas disposés au hasard. Leur configuration, leur inscription en réseaux créent des motifs extraordinaires, dont l’aspect répétitif et obsessionnel frappe d’emblée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette imagerie de cercles colorés sera pour toujours la matrice de son travail artistique. Sa marque, née d’une vision hallucinée dans son enfance où les fleurettes rouges d’une nappe avaient envahi l’espace environnant. Yayoi Kusama, qui a d’abord étudié à l’école d’art de Kyoto, où elle a pris contact avec Dada et le surréalisme,  a raconté cet épisode fondateur : « Toute la pièce, tout mon corps, tout l’univers en seront pleins ; moi-même je m’acheminerai vers l’auto-anéantissement, vers un retour, vers une réduction, dans l’absolu de l’espace et dans l’infini d’un temps éternel. (…) Je fus saisie de stupeur . Peindre était la seule façon de me garder en vie, ou à l’inverse était une fièvre qui m’acculait moi-même ». Cette pièce, grandeur nature, est reconstituée à l’entrée de l’excellente rétrospective Yayoi Kusama, au Centre Pompidou. Elle est la voie de passage à l’ouvre de cette artiste hors du commun.

 


La peinture, cette forme de peinture, est d’abord pour Yayoi Kusama la thérapie qui lui permet de sortir de ses propres angoisses. Elle va en faire un langage qu’elle associera à d’autres formes d’expression. En 1957, Yayoi Kusama va aux États-Unis. À New York, dans l’euphorie créatrice du moment, de l’Action painting et de toutes les expériences, elle rencontre Joseph Cornell qui assemble dans des boites des objets ; Frank Stella, qui crée des patterns, des motifs composés de bandes noires séparées par de fines bandes blanches et Donald Judd, un des fondateurs du minimalisme. Elle même montre ses peintures, ses « Infinity nets », blanc sur fond noir . Elle invente ses sculptures souples, molles, formes phalliques en tissu, ( « One thousand boats show » en 1963 ), où elle se met en scène.  Elle fabrique des espaces dans lesquels des miroirs et des ampoules électriques de couleurs inventent des espaces fantastiques. Ces lieux (« Phalli’s Field » en 1965 ; « Peep show » en 1966 ), sont pourrait-on dire des lieux de perdition où à l’infini, l’artiste et son image se perdent en se reproduisant à l’infini dans les miroirs. Elle multiplie les manifestations où l’exhibition de sa nudité ( « Body Festival » ; « Anatomic Explosion » ; « Body Painting » ) entrent dans sa création à part entière. « Devenez un avec l’éternité. Oblitérez votre personnalité. Devenez une partie de votre environnement. Oublie-vous. L’autodestruction est la seule issue » écrit-elle sur l’affiche de sa performance « Self Obliteration »  en 1968 à New-York.

 

 

 

 


 

Yayoi Kusama passe par l’Europe à la fin des années 60. Elle s’intègre au groupe Zéro fondé par Heinz Mack et Otto Piene ( auquel participent bien d’autres artistes comme Günther Uecker ou son beau-frère Yves Klein, mort en 1962) et expose dans les musées et galeries des Pays-Bas et d’Italie. Elle rentre au Japon en 1973. Après une tentative de suicide elle se décide à vivre désormais dans une institution psychiatrique où elle séjourne toujours, tout en continuant à travailler dans son atelier. Jour après jour, inlassablement, elle peint.

 

 

 

En 1986, elle disait : « Je suis arrivée à un moment où il faut que je crée un art pour le repos de mon âme, un art qui tiendra compte de ce que signifie la mort, de la beauté de ses couleurs et de ses espaces, de la tranquillité  de ses pas, du « Néant » qui vient après elle."

 

 

 

 

 

 

Commissaire de l'Exposition au Centre Pompidou: Chantal Béret. Recherches: Annalisa Rimmaudo, Pierre-Henri Foulon. Architecte-Scénographe: Pascal Rodriguez. Chargée de production: Ludivine Rousseaux.

 

Textes de Yayoi Kusama in " Parcours et luttes de mon âme" extraits du catalogue de l'exposition au Musée des Beaux Arts de Calais en 1986, traduits par Fumi Yosano. 

 

VOIR :  //www.dailymotion.com/video/xlover_yayoi-kusama-du-10-octobre-2011-au-9-janvier-2012_creation?start=10#from=embediframe

 

 

 

 



17/10/2011
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