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* Yaze ou la déchirure

Yaze,  ou la déchirure.


S'il me fallait évoquer d'un mot le travail de Yaze, j'emploierais abruptement celui de « déchirure ». Je ne sais pas si cela convient tout à fait pour rendre compte d'une œuvre en devenir et déjà imposante. Mais c'est ce qui d'emblée me vient à l'esprit devant ces immenses portraits  à la fois tracés et détruits, construits et biffés, sous-jacents et enrichis de cicatrices, mais toujours présents, obsédants,  dans leur vigueur initiale.  Ils sont doubles d'apparence comme si leur sens ne pouvait apparaître que dans l'addition de deux éléments contradictoires et d'un même coup complémentaires. Deux éléments : un dessin (un dessein), et une existence. Fulgurances du rouge sang, éclats de feu de l'orange, évidences terrestres de l'ocre, nacres des blancs qui viennent se superposer aux traits précis du tracé noir.Parfois l'écriture dans sa magie apporte une note discrète et nécessaire. Mystérieuse aussi.
On perçoit dans ce torrent créatif une violence que l'artiste a déjà expurgée sur les façades, espaces verticaux et libres des villes, les murs lépreux des parkings et noircis des  gares. Les graffitis, les tags ont été les premiers exercices d'écriture de Yassine « Yaze » Mekhnache. Comme pour Jean-Michel Basquiat qui débutait dans les rues de Soho la saga cruelle et envoûtante de Samo avant qu'Andy Warhol lui donne le goût de peindre sur des toiles. Par certains aspects, en lisant ses tableaux impressionnants, je situe Yaze dans la famille des immenses artistes que sont pour moi Cy Twombly –où le non-dit, le suggéré, créent la poésie ; Georg Baselitz –dont la puissance renverse les normes ; Yan Pei-Ming –qui traduit la sauvagerie du Monde…Il y a pire fréquentation…

Yaze a sublimé son apprentissage rugueux de l'art de la rue. Il maîtrise ses pulsions en les canalisant sur ses immenses pages blanches que sont ses châssis. Mais l'art naît dans la contrainte comme l'assurait André Gide. Et dans les contraintes qu'il s'impose Yaze laisse vibrer sa furie personnelle. C'est elle qui nous importe. Que dévoile t-elle ? Que  cache t-elle ? Que nous dit-elle ? De lui, du monde dans lequel nous vivons ? Le peintre n'a pas besoin des mots pour nous convaincre de sa passion du monde. Pour nous suggérer ce qu'il ressent, ce qu'il souffre, ce qu'il aime. A 26 ans, par sa peinture, qui est son arme de défense et son langage,  Yaze nous impose sa vérité. Elle est bouleversante.
Dans son exposition organisée par la galerie Moretti et Moretti à l'Espace Beaurepaire à Paris, Yaze prend appui sur une toile de Didier Chamizo, « La Cène », qui figure un curieux banquet où la société de consommation, la société occidentale, se repaît en technicolor sous l'œil avide et les armes menaçantes des « exclus de la vie » relégués dans leur grisaille. Yaze interprète à sa manière cette fable, pour y inscrire, pour y faire vivre sa propre façon de peindre. Cette confrontation crie.



17/09/2009
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